« Reflets dans un œil d’homme » : un livre déconcertant

Nancy Huston, Reflets dans un œil d’homme, Actes Sud, par Violaine

Cet ouvrage est une réflexion sur la société d’aujourd’hui, décrite par l’écrivaine comme composée d’hommes de tous temps dominants, attirés par les femmes et pour certains violents, et de femmes de tous temps soumises à ce regard permanent qui peut se transformer en persécution. L’auteure fait une grande place à la nature pour expliquer ces phénomènes, avec des propos effarants tels que « C’est parce que les humains sont devenus affamés d’égalité qu’éclatent, à l’âge moderne, de graves conflits entre les sexes » p. 25 (nous nous demandons de combien de mort-e-s le féminisme est responsable). Elle diffuse une confusion régulière entre différences biologiques et différences créées socialement, ainsi qu’entre sexe et genre, les différences entre les sexes étant d’après l’auteure niées par les féministes qui prôneraient l’indifférence des sexes (« car si le féminin ne diffère aucunement du masculin, comment explique-t-on que les seuls hommes possèdent l’argent, commandent des tableaux, dirigent les entreprises…? », p 45). Elle prête des pensées, caractéristiques ou comportements à toute sa classe de sexe, activant croyances personnelles et généralisation (« je suis convaincue que {…} les hommes ont une prédisposition innée à désirer les femmes par le regard, et que les femmes se sont toujours complu dans ce regard parce qu’il préparait leur fécondation. », p 21). Deux autres propos déconcertants sont à partager ici (ils restent une sélection, il y en a beaucoup d’autres…) : « les hommes sont plus civilisés que les femmes, car ils doivent accepter que leur pulsion sexuelle naturelle (omnivore) soit limitée, contenue et redirigée par la société. » p 23, et « le cerveau trempe dans un bain chimique et hormonal qui agit sur lui en permanence. Mais ce fait nous dérange, car on a décidé d’avance que la différence justifiait l’oppression  » p 80, ces propos niant les travaux sur la plasticité du cerveau. Elle souhaite absolument nous démontrer, ou plus exactement nous faire partager sa croyance, parce qu’aucune démonstration rigoureuse n’est apportée, que les hommes sont ainsi faits que la violence sexuelle et l’oppression existeront toujours. En outre, l’auteure tient des propos erronés à plusieurs reprises (« on n’a jamais trouvé de société humaine dans laquelle les hommes tissent… », p76 : eh bien si, dans l’histoire du Burkina Faso par exemple). Passées de nombreuses critiques de ma part, la réflexion présente cependant à mes yeux un grand intérêt quant aux questions posées sur la prostitution, ainsi que sur ce fameux regard des hommes au travers duquel la plupart des femmes ont l’impression d’exister… ou non.

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