Le 30 octobre dernier, nous avions rendez-vous avec un Inspecteur Général à l’Inspection Générale des Affaires Sociales dans le cadre d’un rapport commandé par Mme la Ministre Najat Vallaud-Belkacem sur les pratiques et perspectives pour une éducation égalitaire des enfants de 0 à 3 ans, en particulier en crèche.
Après avoir fait état des actions et perspectives que nous avons identifiées dans le Grand Lyon pour l’instant, nous sommes interrogé.e.s sur ce que proposerions à la Ministre. Nous ajoutons à nos propos du 30 octobre ce complément transmis ce jour par mail. Même si une faible proportion des enfants est accueillie en crèche à l’échelle nationale, nous pouvons imaginer qu’une action collective ambitieuse dans ces structures pourrait être profitable au plus grand nombre (en faisant modèle ?), à condition que les assistant.e.s maternel.le.s et les parents ne soient pas en reste en restant impuissant.e.s et/ou non averti.e.s…
Si vous avez des réactions ou compléments à ajouter, n’hésitez pas à commenter (vite…) notre propos.

Axe 1 : Créer un modèle de paternité présente, disponible, à l’écoute, concernée, en attitude de soin, avec :
1. Un congé paternité beaucoup plus long qu’actuellement (2 mois minimum), non optionnel (le congé maternité n’est pas optionnel pour les femmes) mais automatique, consécutif à celui des femmes (et non en même temps), pris en charge financièrement de la même façon afin que :

  • elles puissent reprendre le travail plus tôt et sans culpabilité (retrait moindre du travail),
  • l’enfant soit confié plus tardivement qu’aujourd’hui à une personne étrangère (à la famille),
  • moins de places en crèches soient nécessaires pour la toute petite enfance, et que ces efforts soient renforcés à partir de 5 mois
  • les pères aient une plus grande opportunité d’entrer en relation étroite avec leur enfant et donc de développer toutes ces aptitudes au « maternage », à la relation, à l’écoute, à l’attention, à l’empathie… que les femmes sont supposées avoir de naissance ou par la maternité dans nos sociétés,
  • les pères aient aussi à se soucier de cette période de « séparation » (trouver le mode de garde, savoir se séparer de l’enfant) qui affecte autant les mères dans nos sociétés lorsqu’elles reprennent le travail
  • les employeurs voient non seulement du même oeil la maternité et la paternité, mais les intègrent comme une donnée nécessaire au bon fonctionnement de la société dans laquelle ils sont inscrits et comprennent enfin la façon dont l’égalité professionnelle peut progresser

2. Des équipes mixtes, avec des femmes et des hommes également investi.e.s dans toutes les activités (interchangeables dans leurs rôles) dans l’accueil petite enfance, afin que :

  • Il soit visible auprès des parents comme des enfants que le soin des enfants et en particulier des petit.e.s peut être assumé par les deux sexes de la même façon
  • les hommes ne soient pas soupçonnés d’emblée de pédophilie parce qu’ils sont des hommes (qui changent et voient les enfants nu.e.s)
  • davantage de femmes partagent ce rôle avec les hommes

Cette ambition devrait passer par une politique de l’Education Nationale permettant d’attirer des jeunes garçons dans ce secteur, et est indissociable de la revalorisation des métiers de l’accueil de l’enfant dans notre pays, afin que l’enfance et son accompagnement soient considérés comme ils devraient l’être (je pense aussi aux assistant.e.s maternel.le.s, dont le nom devrait d’ailleurs être modifié, comme l’école du même nom). Cette ambition doit éviter à tout prix l’écueil de la complémentarité entre les sexes, qui réinstaure les modèles stéréotypés et naturalistes/différentialistes. C’est pourquoi hommes et femmes pourront montrer dans l’éducation par l’exemple que toutes les activités sont possibles pour les deux sexes.

3. Généraliser les jeux et jouets mixtes, en particulier ceux du soin aux enfants(poupées…), pour :

  • Diminuer cette peur des adultes lorsque des garçons jouent à la poupée, grâce au poids d’une nouvelle norme créée

Cette ambition pourrait passer par des incitations/travaux auprès des distributeurs et fabricants de jouets pour travailler sur ces questions.

4. Proposer aux professionnel.le.s d’intégrer effectivement les pères dans la relation tripartite enfant – accueillant.e – parents,
par exemple en appelant systématiquement les pères lorsqu’une question se pose ou qu’un enfant est malade, en faisant le même « rapport » de fin de journée aux deux parents, en organisant des accueils des parents à des horaires qui permettent d’inclure pères et mères (voir notre billet sur le guide existant)….

Axe 2 : Former les personnes et en faire des ambassadrices
1. Bien sûr des nouveaux personnels (et des personnels en place) formés à ces questions et qui ont les moyens d’analyser leurs pratiques et faire eux-mêmes leurs constats et propositions pour intégrer des pratiques égalitaires à leur activité de professionnel.le.s.

Par exemple, il apparaît que l’éducation à l’hygiène, le rapport au corps, l’occupation de l’espace et le respect de l’environnement n’est pas la même pour les filles et pour les garçons, ce qui est à rapprocher des différences d’occupation de l’espace, du rapport au corps et de la tolérance sociale vis-à-vis de l’appropriation et du respect de ces espaces une fois adultes (ex. : faire pipi debout, s’exposer dans l’espace privé ou public, éventuellement salir autour de soi vs se cacher derrière une porte dans un espace intérieur, faire pipi proprement). Un directeur de centre d’accueil périscolaire nous disait récemment qu’il avait instauré le « pipi assis » pour tout le monde, par respect pour le personnel d’entretien et pour l’égalité d’accès aux toilettes et de rapport au corps entre les enfants. La parole des personnels d’entretien pour agir sur cette question serait très pertinente à intégrer. Le langage et les interactions différenciées, la proposition des livres, l’exposition à certaines images… sont quelques uns des nombreux sujets à interroger.

2. Un accompagnement et une animation d’un référentiel de pratiques, de questions/réponses avec des débats et la parole d’expert.e.s de l’éducation et du genre serait à ajouter
3. Des référents municipaux, mais aussi les conseils généraux (PMI, assistant.e.s maternel.le.s) formés à cette question avec des budgets, en particulier pour la formation continue et pour aider les professionnel.le.s à mener un dialogue continu avec les parents sur cette ambition.

Pour l’ensemble de cet axe, la valorisation des actions (associatives notamment) existantes sur le territoire et le recours aux savoirs-faire déjà en place, dont les expert.e.s du genre semblent être un moyen d’action non négligeable, étant donné que toutes les structures luttant pour l’égalité ont déjà des savoirs faire sur les conséquences de l’éducation inégalitaire dans la vie adulte et ont toutes intérêt à participer au développement de la prévention.

 

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