L’autorisation de publier dans ce blog l’extrait d’article qui suit, paru sur le site de Libération le 28 janvier 2014 à 18H45, nous a été donnée par Isabelle Collet, représentante du COMITÉ DE L’ASSOCIATION DE RECHERCHE SUR LE GENRE EN ÉDUCATION ET FORMATION (ARGEF), comité auteur de ce texte. Il s’agit d’une réponse d’enseignant·e·s spécialistes des domaines genre et éducation à des questions que pourraient se poser les personnes en visite ici.

« Qui aurait cru qu’aujourd’hui, un mouvement pourrait s’élever pour revendiquer d’arrêter de lutter contre les discriminations et inégalités entre les sexes ?

Contrairement à ce que ces groupuscules clament, il n’existe pas de «théorie du genre» mais une multitude de recherches, issues de tous champs disciplinaires, dont l’enjeu n’est pas le sexe, mais la hiérarchie qui existe entre les hommes et les femmes et entre les sexualités. Il faut être aveugle ou alors particulièrement de mauvaise foi pour nier ou caricaturer ces travaux. Ces rapports sociaux inégalitaires sont révélés par de multiples indicateurs tels les violences conjugales, les écarts des salaires, la pauvreté, etc. Des centaines de rapports ont été publiés avec une même conclusion : les pouvoirs politique, culturel, médiatique, technologique, financier, militaire et religieux sont toujours principalement entre les mains des hommes.

Cette hiérarchie, qui est au centre de nos sociétés, n’est pas fondée en nature. Elle ne se justifie pas par des compétences «spécifiques» propres à chaque sexe. Là encore les références ne manquent pas pour distinguer la spéculation et les faits scientifiquement avérés.

Cette hiérarchie a produit un ensemble de normes pour se justifier elle-même : les femmes seraient destinées à rester dans l’espace privé, elles seraient douces et aimantes, elles seraient facilement influençables, elles auraient l’esprit pratique et non théorique. Les hommes seraient alors supposés être l’inverse et par un tour de passe-passe, cette complémentarité est présentée comme nécessaire à l’équilibre social, puisque naturelle. Or, il ne faut pas oublier que le terme «complémentarité» n’a jamais été un synonyme d’égalité : les enfants de huit ans savent que si 8 et 2 sont complémentaires à 10, 8 et 2 ne sont pas égaux !

Cette «complémentarité» profondément inégalitaire se fabrique dès le plus jeune âge, quand on cherche à convaincre les enfants que tous les garçons «normaux» rêvent d’être des courageux chevaliers et que les filles «normales» rêvent d’être des jolies princesses.

Voilà le but des «ABCD de l’égalité» : combattre les stéréotypes qui empêchent nos enfants de devenir ce qu’ils et elles ont envie de devenir et inhibent leur liberté individuelle. Ils souhaitent dire aux filles : tu peux être une princesse, une aventurière, une cosmonaute et une danseuse, tu peux être tour à tour les unes ou les autres si tu en as envie, mais surtout, tu peux être qui tu veux et tu peux pratiquer le métier ou le sport que tu veux. Quant aux garçons, ils pourront être des chevaliers mais aussi des troubadours, des footballeurs ou des danseurs : ce ne sont pas les stéréotypes qui choisiront à leur place.

Voilà ce que les études sur le genre, ou les rapports sociaux de sexe, apportent à l’éducation des filles et des garçons : l’ouverture des possibles, l’égalité des choix et le respect de la personnalité de l’enfant. Il ne s’agit ni d’une théorie, ni de spéculation, ni de croyance, mais de valeurs et de travaux scientifiques. »

Signataires : Isabelle Collet, Nassira Hadjerassi, Cécile Ottogalli – Mazzacavallo, Gaël Pasquier, Céline Pétrovic, Geneviève Pezeu, enseignant·e·s de l’enseignement primaire, secondaire et supérieur.

Comité de l’Association de Recherche sur le Genre en Éducation et Formation (ARGEF) » 26/01/14

Pour aller plus loin : Sur le genre

 

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