Les critiques étaient toutes plus élogieuses les unes que les autres. La transgression était annoncée, le culot évident, le résultat prometteur et en plus on allait rire. Du coup, nous y sommes allées avec Marion, histoire de passer une bonne soirée…

Jacky au Royaume des filles

Quel fiasco ! Rien que la première scène, Jacky se masturbant longuement devant le portrait de l’héritière du royaume, était tout sauf burlesque, et peu plausible il me semble en inversion des rôles dans le contexte… Nous avons eu envie de sortir à plusieurs reprises et avons tenu jusqu’au bout juste pour nous faire un avis, et au cas où cela s’arrangerait. Peine perdue ! Ce film n’est absolument pas drôle pour qui connaît les rapports entre hommes et femmes (mais il a fait rire, un peu, en salle, surtout pendant les scènes de masturbation masculine et de viol) et complètement à côté de la plaque sur l’inversion des rôles (en même temps c’était une comédie, l’exercice de faire rire avec ce sujet n’est sûrement pas facile…). Il témoigne en tout cas d’une méconnaissance des rapports de sexes et des problématiques de genre, est une caricature des hommes comme des femmes et ne sert absolument pas la cause qu’il prétend défendre sous couvert de transgression… Nous n’avons donc trouvé absolument aucun intérêt au film, surtout pour parler d’égalité des sexes… Il nous a même paru contre-productif. Rien de subtil. Que du lourd. Du très lourd. Un mélange entre le conte Cendrillon inversé (le lent et humiliant passage de serpillère, les cousins/cousines qui écartent l’orphelin adopté à regret par la famille…), et une critique des dictatures limite islamophobe, dans un univers de BD ou de jeu video où on tue comme on mange, où on mange ses propres déjections sans le savoir, sur fond de croyance religieuse autour d’un âne. Des relations entre les êtres humains quasiment réduites à la relation sexuelle et aux divers fantasmes très peu poétiques sur le sujet. Des violences et des viols tourné·e·s en dérision. Aucun personnage intéressant. Aucune projection possible dans un des personnages. D’ailleurs il devait y avoir un débat ensuite, qui n’a finalement pas eu lieu, tellement c’était édifiant. Des enfants étaient dans la salle, la comédie ayant été comprise comme une comédie familiale, alors je me suis dit : bienvenue dans le monde des adultes ! Belle image des hommes comme des femmes. Car s’il s’agit d’une inversion des rôles, les hommes (joués par des femmes) sont décrits comme des abrutis obsédés du sexe, de la guerre, de la violence, de la hiérarchie, de la manipulation et de l’asservissement, tandis que les femmes (jouées par des hommes) sont des idiotes, soumises, obsédées du mariage, prêtes à se sacrifier. Avec une coupe tranchée bien net entre les deux. Car il n’y a pas de nuance. Aucune. Une drôle d’inversion qui de plus met beaucoup plus d’hommes dans la rue et dans le film que de femmes, alors qu’il sont sensés jouer le rôle des femmes d’aujourd’hui, ce qui est évidemment un méconnaissance de la place occupée par les femmes dans l’espace public notamment, et au final produit l’effet inverse : montrer davantage d’hommes que de femmes, donc revenir à la case départ. Et pour chipoter, il aurait sans doute été judicieux de choisir des femmes globalement grandes et des hommes globalement petits, histoire qu’il y ait de la vraisemblance quelque part. Tout cela avec trois actrices que j’aurais crues, idéaliste que je suis, plus concernées par le sujet pour mieux le servir. Mais tout le monde peut se tromper.Une analyse très poussée, avec des commentaires parfois contradictoires, a été publiée avec le titre Jacky au royaume des filles : Jacky ou l’apologie de la phallocratie, sur le blog Le cinéma est politique la 14 février 2014.

 Par Violaine.

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