GenEReLors de la journée d’études « Qui (dé)fait le genre dans l’éducation ? » organisée le 30 janvier 2015 par le laboratoire junior GenERe à l’ENS de Lyon, Violaine Dutrop a représenté EgaliGone. Le texte de son intervention est partagé ci-dessous.

« D’abord, merci beaucoup pour cette invitation.

Qui sommes-nous ?

L’institut EgaliGone est une association loi 1901, créée en 2010 pour encourager le développement égalitaire des filles et des garçons dès le plus jeune âge depuis la région lyonnaise. Son slogan est : Fille ou garçon, des stéréotypes en moins, des choix en plus.

Il promeut, en facilitant la prise de conscience des empêchements que les enfants peuvent subir à cause de la norme de genre, les principes d’une éducation émancipatrice, facilitant le développement de soi et le vivre ensemble.

Les publics vers lesquels nous menons nos actions ou qui nous contactent sont les milieux de la culture, des loisirs, de la famille et de l’éducation, mais nous sommes également solllicité·e·s par des entreprises.

Notre action auprès de nos publics consiste à 1) faciliter le questionnement sur les stéréotypes femme/homme ou fille/garçon ; 2) envisager leurs effets dans la vie adulte au regard des savoirs théoriques et des pratiques éducatives 3) proposer des méthodes pour développer une culture de l’égalité F/G.

Elle prend 4 formes :

  • Le développement d’un réseau d’acteurs·trices concerné·e·s par cette question.
  • Le partage d’outils et ressources, relayés ou créés avec l’aide d’expert·e·s
  • Des interventions variées auprès de nos différents publics
  • Une veille régulière sur l’actualité et la recherche.

Nous comptons une trentaine de membres, 600 abonné·e·s à notre lettre d’information mensuelle, une vingtaine de soutiens universitaires, de nombreux partenaires surtout institutionnels, associatifs, éducatifs et culturels.

Il m’a été demandé de répondre aux questions suivantes : Comment EgaliGone peut jouer un rôle entre école et famille ? Comment on s’adapte ? Quand est-ce que c’est difficile de faire le lien ? Quel est l’avantage d’être une association face à l’école/ à la famille ?

 D’abord il me paraît important de ne pas considérer ces deux catégories comme cloisonnées. Comme il y a une très grande diversité de filles et de garçons, il y a une très grande diversité de modèles familiaux et de personnels ou milieux scolaires. Et comme filles et garçons, ce sont d’abord des êtres humains, des êtres sociaux donc, avec leur complexité, leurs singularités, leurs ressemblances et leurs objectifs communs concernant les enfants dont ils et elles ont la responsabilité. Et il y a de fortes chances que les personnes dans l’école aient aussi une vie familiale, donc tout cela est très imbriqué ! D’ailleurs, des résistances du même ordre peuvent être constatées dans tous les milieux.

  • Quand école et/ou famille sont nos publics :

. Notre premier rôle est de soutenir les acteurs et actrices de l’éducation, en affirmant comme majeurs leurs influence/rôle dans le développement des enfants, et donc en les rassemblant autour de leurs objectifs communs.

Quels sont-ils ? Le développement pour les enfants de leurs potentiels, leur autonomie, leur confiance en soi, l’écoute et le respect de soi, leurs envies (imaginaire et curiosité), leur esprit critique vis-à-vis de la norme sociale notamment (dictée dans la publicité par exemple), leur tolérance envers chaque personnalité qui les entoure, aussi singulière soit-elle.

Ce soutien, en pratique, peut prendre plusieurs formes à EgaliGone :

connaître nos publics, grâce à des actions régulières et multiformes auprès d’elles (enquêtes, formations, ateliers, débats, nombreuses lectures, projets en partenariat)

les appeler à partager leurs vécus et réflexions, via des témoignages, des pratiques éducatives mises en place (ex. : enseignement de la course d’orientation, de la boxe française), des contributions à nos outils (ex. : notre outil EgaliJouets, le guide d’accompagnement de notre exposition santé)

– proposer ou relayer des outils qui peuvent engager un dialogue entre école et famille

(le lycée Rosa Parks de Neuville/Saône a invité les familles à voir notre exposition sur la mise en danger de soi et présentée par 13 enseignant·e·s à 400 élèves)

les équiper en connaissances et ressources « genre & éducation » (ex. : Les savoirs-clés d’EgaliGone, 10 fiches thématiques Genre et éducation, créées en 2013). Nous avons un rôle de diffusion des savoirs, de mise en lien entre pratiques éducatives et savoirs genre.

Fin 2011, nous avons analysé une enquête initiée par la DRDFE RA auprès de la communauté éducative des établissements publics de Rhône Alpes. Seulement 14% des personnels du secondaire se déclaraient sensibilisé·e·s à cette question.

– surtout les aider à se sentir légitimes pour aborder ces questions auprès des enfants et des jeunes.

Une enseignante a déclaré se sentir finalement capable d’utiliser ce moyen d’action grâce aux témoignages de ses collègues partagés lors d’un événement que nous avons organisé autour du théâtre pour éduquer à l’égalité.

. Notre 2ème rôle est de susciter l’expression, d’écouter, de rassurer et d’apaiser

Les éducateurs·trices, vous et moi partageons la condition commune des êtres sociaux aux multiples rôles, influencé·e·s par leur environnement, leur éducation, les normes sociales. De fait, une très grande variation de croyances et de comportements traverse tous les groupes et il n’est pas facile de s’émanciper ni de ses croyances, ni de l’ordre sexué. L’admettre avec nos publics permet de créer les conditions du dialogue, de l’indulgence et de la prise de conscience.

A l’échelle individuelle, ces rôles sont souvent en conflit (professionnel et parental notamment) et cela peut être très inconfortable. Mais cet inconfort est prometteur puisqu’il permet le changement. Convoquer nos différents rôles sociaux, et faire apparaître les conflits entre posture professionnelle et posture familiale ou parentale, entre rôle professionnel et croyances personnelles, entre discours et pratiques… peut s’avérer payant pour l’égalité.

Exemple 1 : Des enseignant·e·s au départ peu enclins à agir pour l’égalité ont été touchés dans leurs rôles de parents ou de grands-parents face à l’exposition sur la mise en danger de soi et en ont discuté avec leurs collègues.

Exemple 2 : Une assistante maternelle nous remercie à l’issue de la démarche EgaliJouets, car elle a pu décider, avec des arguments professionnels, que son fils serait désormais autorisé comme les enfants qu’elle garde à jouer à la poupée, afin de développer les mêmes capacités.

 Concernant nos difficultés et nos adaptations, je voudrais parler des argumentations face aux croyances.

Il me semble que la plus grande difficulté dans la quête de l’égalité réside dans deux croyances tenaces présentes à l’école ou à la maison : celle que l’égalité est inatteignable donc que nous pouvons nous contenter de ce qui est, et celle qui place la nature comme fondatrice des différences et des inégalités qui en découlent.

D’après mon expérience, les réponses qui apaisent aujourd’hui sont les suivantes :

  • Si la quête de l’égalité était représentée par une échelle, nous pourrions nous satisfaire d’en avoir gravi des échelons.
  • Cette ascension sera davantage garantie si dans l’éternel débat nature / culture, nous choisissons la culture, donc le propre de l’être humain, comme cause (norme, catégorisation, socialisation) et donc aussi comme issue des inégalités. Cette vision donne de l’espoir et appelle à la responsabilité de chacun·e.
  • Quand acteurs de l’école et/ou de la famille nous rejoignent :

Nous avons des enseignant·e·s et des parents parmi nos membres bien sûr. Car EgaliGone, en tant qu’association, peut offrir un espace de parole, un lieu de reconnaissance et d’expression, d’unité, un collectif pour renforcer sa capacité d’action, se ressourcer sur ces thèmes pour mieux repartir ensuite mener ses luttes quotidiennes dans sa famille, au travail, dans la rue ou devant la télévision.

Quels sont les avantages d’être une association ?

Avant la création d’EgaliGone, j’étais salariée, éventuellement responsable d’une équipe, éventuellement impliquée syndicalement, j’étais parent, j’étais citoyenne.

Dans ces trois sphères, j’ai fait connaître mon point de vue sur des situations inégalitaires, mais les résultats étaient médiocres et chargés de beaucoup d’affect (minimisation, peu de prise au sérieux, suspiscion de problèmes personnels…).

Depuis que je représente EgaliGone, le changement est réel, y compris quand je m’exprime à titre personnel :

1) l’extériorité / l’indépendance est une grande force pour agir.

2) le collectif apporte une tribune, la reconnaissance d’une expertise

3) nos soutiens et partenaires nous confèrent une légitimité

4) Et évidemment, de fil en aiguille, grâce à l’investissement associatif, j’ai appris aussi à prendre de la distance pour mieux servir les buts de l’association : plus d’écoute, plus d’expertise, de la pédagogie, moins de colère et plus d’actions concrètes.

Merci beaucoup pour votre attention. »

Des interventions passionnantes ont jalonné cette journée, qui devraient faire l’objet d’un partage par le laboratoire GenERe bientôt.

 

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