ouitiSasha a rencontré Gaëlle Ginot afin d’en apprendre plus sur OUITI, une malle pédagogique circulant de crèche en crèche proposant divers supports aux parents et aux professionnel·le·s pour questionner l’égalité filles-garçons.

Vous pouvez également lire l’interview d’Alix Vandon, stagiaire à l’ACEPP et chargée d’une étude sur l’implication des hommes dans le milieu de la petite enfance.

Comment est né le désir de l’ACEPP Rhône de travailler sur les questions d’égalité filles-garçons ?

La question de l’égalité est dans la continuité de la pédagogie de la diversité que l’on promeut depuis longtemps. Notre objectif est d’accueillir tout le monde, fille ou garçon, noir ou blanc, riche ou pauvre, et de faire en sorte que tout le monde puisse se projeter dans un maximum de possibilités. Nous avons commencé à penser la création d’un nouvel outil lors de l’appel à projet de Rhône-Alpes Territoire d’Excellence, en ayant trois critères à l’esprit : la question de l’accueil de toutes et tous ; la question de l’itinérance – nous souhaitions créer un outil qui puisse se déplacer de crèche en crèche ; et nous voulions créer un outil qui propose du matériel pédagogique réutilisable par les parents et les professionnel·le·s. Plus un enfant fera des expériences diverses, plus il enrichira sa vision du monde et s’ouvrira des possibles.

Comment a été créé OUITI ?

Notre projet était de sensibiliser à l’égalité entre filles et garçons afin de promouvoir l’égalité entre femmes et hommes. Un groupe de 9 associations a été créé, regroupant parents et professionnel·le·s de crèches de milieu rural, urbain, et de quartiers sensibles. A travers l’analyse de nos pratiques, nous avons identifié les grandes lignes des sujets que nous souhaitions aborder. Nous nous sommes basées sur des situations très concrètes du quotidien afin d’être proche de la réalité vécue par les parents et les professionnel·le·s, pour qu’ils ou elles puissent s’emparer au mieux de ces problématiques. L’idée est de créer de petits déclics. Nous avons alors élaboré OUITI au fur et à mesure de rencontres et de réunions. Il se présente sous la forme de trois caisses en bois empilées ; sur chaque face se trouve une tortue exprimant des émotions différentes. La tortue représente de manière symbolique le processus par lequel nous prenons conscience des inégalités petit à petit, et qui nous amène à faire évoluer nos comportements.

Quels sont les outils pédagogiques proposés par OUITI ?

Il y a divers outils de sensibilisation à la question de l’égalité entre filles et garçons pour les adultes, professionnel·le·s et parents. Nous avons écrit un article qui présente OUITI dans la gazette de l’ACEPP n°112, p 14. Ces outils permettent de travailler quatre grands thèmes :

  • Comment accompagner les filles et les garçons à exprimer leurs émotions ?

  • Comment favoriser/impulser des jeux coopératifs plutôt que compétitifs ?

  • Comment repérer les pratiques en crèche qui permettraient d’expérimenter et d’oser participer à des activités qui leur sont moins « naturelles » ?

  • Comment permettre à chaque enfant de se projeter dans une multitude de métiers ou de vies sociales ?

Dans les caisses de OUITI, nous mettons à disposition du matériel pédagogique pour expérimenter des jeux avec des enfants : des déguisements, des chapeaux, des marionnettes ; des jeux de société coopératifs tels que le parachute ; des jeux sur l’identité ou sur les émotions avec des cartes-émotion. Il y a également une caisse entière de livres qui, d’après les retours que l’on nous a faits, sont les supports les plus utilisés. Ces outils permettent d’aborder la question des métiers, de l’identité, de la différence.

Le tout est accompagné de documentations à l’attention des adultes : un carnet de voyage pour que chacun·e montre une trace du passage de OUITI dans sa crèche, un livret du Moutard qui parle d’égalité et de discrimination, un outil d’EgaliGone qui différencie des livres stéréotypés ou non en fonction de certains critères, une bibliographie proposée par l’Atelier des Merveilles d’albums jeunesse utiles pour discuter des stéréotypes filles-garçons.

Comment les professionnel·le·s s’approprient-ils·elles OUITI ?

Lorsque OUITI arrive dans une crèche, il y a une soirée-débat pour l’accueillir, ainsi qu’une deuxième soirée lorsqu’il s’en va. Il reste en moyenne six semaines dans une crèche. Lors de ces soirées, les parents et les professionnel·le·s peuvent débattre et discuter des outils, de la manière dont ils ou elles vont les utiliser, de ce qu’ils ou elles en pensent. Beaucoup de personnes changent de regard ; sur le site Facebook de Ouiti, il y a plusieurs témoignages racontant le changement d’attitude qu’il a permis. Une personne raconte par exemple qu’elle s’est rendu compte qu’au moment de la sieste seules les petites filles étaient coiffées. Dès lors, les garçons aussi ont été coiffés. L’idée est de semer des petites graines partout là où passe OUITI ; aujourd’hui cela représente une quinzaine d’associations. Moi-même je n’ai pu m’empêcher l’autre jour de remarquer que dans une vitrine de librairie tous les livres exposés mettaient en scène des héros masculin, sans aucun personnage principal féminin !

Dans certaines crèches, OUITI a été source d’inspiration afin de créer de nouveaux outils. Une crèche a travaillé sur l’identité en créant des « tout-type » : 4 personnages de 4 couleurs différentes dont on peut articuler les caractéristiques – yeux, oreilles, habits, accessoires – comme on le souhaite.

Lorsque les professionnel·le·s souhaitent approfondir ces questions, nous proposons des formations de deux jours qui permettent de mieux s’outiller.

Que souhaiteriez-vous améliorer dans OUITI ?

Il n’y a pas vraiment de mode d’emploi de OUITI, chaque professionel·le peut s’emparer des outils comme il ou elle le souhaite. L’enjeu est d’ouvrir la discussion et de démultiplier les possibilités et non pas de contraindre les professionel·le·s. Les soirées-débat lors de l’accueil de OUITI dans la crèche sont très riches et permettent d’apporter des explications sur la création et les objectifs de OUITI. C’est à ce moment-là que peuvent se faire les déclics. Un peu avant Noël, une maman disait par exemple que les débats l’avaient fait réfléchir à la manière de faire les cadeaux pour ses enfants. L’importance de cette soirée d’accueil laisse suggérer qu’il ne faudrait pas laisser OUITI sans accompagnement, et toujours le proposer dans un espace où les professionel·le·s ont pu avoir un temps d’échange autour de ses outils. On pourrait aussi repenser l’ergonomie de OUITI, les trois caisses superposées étant quelque peu volumineuses et lourdes.

Comment vous solliciter ?

Vous pouvez nous contacter à l’ACEPP Rhône à l’adresse info@acepprhone.fr pour en savoir plus sur les formations, les modalités de prêt et les tarifs.

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