Affiche Free to run Le réalisateur, Pierre Morath, a choisi la lutte comme fil rouge pour son film documentaire sur la course à pied, « Free to run ». Par Charlotte Simon

De nos jours, faire son jogging dans la rue, sur les quais ou dans un parc semble anodin mais, jusque dans les années soixante, s’adonner à la course à pied hors de l’enceinte des stades et des compétitions était considéré comme un acte marginal et farfelu. En se basant sur des témoignages multiples et riches, ce film relate qu’à cette époque la course à pied se pratique principalement la nuit et que les coureur·se·s se jettent dans le fossé quand des phares de voiture sont, au loin, aperçus. Lutter s’est donc avéré essentiel pour que ce sport soit reconnu comme un réel moyen d’expression, à l’instar de la musique. Ainsi, la course à pied est évoquée comme une façon de se connecter, ou de se re-connecter, non seulement avec la nature mais également avec soi-même.

Cette vision bénéfique de la course à pied s’oppose à une perception qui la qualifie alors de risquée pour la santé. Elle réduirait l’existence de vie et ces risques augmenteraient quand elle est pratiquée par les femmes. La coureuse américaine Kathryn Switzer rapporte qu’elle a entendu qu’elle allait « se transformer en homme voire pire », que « ses poils sur la poitrine allaient se développer », ou encore que « son utérus allait se décrocher ». De telles phrases font sourire mais la réalité des courses ramène les pieds sur terre. Première femme à courir le Marathon de Boston puisque les organisateurs se méprennent sur son patronyme, Kathryn Switzer est presque agressée par un des directeurs de la course quand celui-ci réalise sa présence et sera défendue par son entraîneur et son compagnon qui courent avec elle.

Free to run, extraitLe réalisateur explique comment la marque de cosmétiques Avon a, en partie, permis non seulement l’accès des femmes au marathon, notamment avec l’organisation de leur troisième course internationale en 1980 à Londres ; mais aussi l’entrée du marathon aux Jeux Olympiques permettant la reconnaissance de ce sport comme une réelle discipline. Face au succès de cet événement, tant en nombre de participantes que de badauds, le Comité International Olympique décida que, à partir de 1984, le marathon et le 3 000 mètres feraient désormais partie des Jeux. Ainsi, à Los Angeles pour les Jeux Olympiques d’été de 1984, le premier marathon féminin fut remporté par la coureuse américaine Joan Benoit.

Cette épopée de la course à pied n’omet pas de mettre en lumière la légendaire Revue « Spiridon » créée par le coureur Noël Tamini et qui fut un élément central dans la lutte pour la reconnaissance du marathon comme un sport à part entière ; ni le combat mené par le coureur et militant Steve Prefontaine pour que les marathonnien.ne.s soient considéré.e.s comme de véritables sportif.ve.s et pas des amateur.e.s ; ou encore la mégalomanie de Fred Lebow qui donna au Marathon de New York son envergure et sa renommée internationale actuelle. Néanmoins, le réalisateur semble nostalgique d’un certain âge d’or de la course à pied et le film souligne le tournant commercial pris par celle-ci depuis les années 2000 avec, notamment, l’essor des firmes multinationales dans le domaine du sport comme Nike ou Adidas.

« Free to run » – « Libres de courir », sortie le 13 avril 2016

http://freetorun.ch/fr/free-to-run/

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