Sur vos écrans depuis le 20 avril, un film indien qui parle de violences, de sexualité et d’émancipation des femmes. Par Solenne C.
© Pyramide Distribution
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Inde, province du Gujarat, un village au milieu du désert. Ici, les normes patriarcales règnent. Les hommes sont chauffeurs de poids lourds la journée, boivent leur paye la nuit et décident de ce que les  les femmes ont le droit de faire ou pas. Ces dernières grandissent au rythme de leur puberté qui dès qu’elle apparaît les conduit à se marier, tomber enceinte et passer leur vie à faire la cuisine, le ménage et la couture. Leur seul espoir est d’avoir un fils dont l’épouse deviendra à son tour l’esclave de sa belle-famille.

Le décor est planté, poussiéreux et violent, dans lequel Leena Yadav, réalisatrice, nous propose de suivre le destin de trois femmes. Il y a d’abord Rani, la veuve, qui élève son fils seule et s’occupe de sa belle-mère. On la suit dès l’ouverture du film alors qu’elle prend le bus pour un autre village afin de sceller le mariage de son fils. Lajjo l’accompagne ; jeune femme au sourire magnifique, elle est mariée à un homme violent qui la bat sous prétexte qu’elle ne peut lui donner d’enfant. On découvrira plus tard que c’est lui qui est stérile et non pas elle. Enfin Bijli, l’amie d’enfance, membre d’une troupe de danseuses itinérantes et prostituées qui s’installe chaque année pour quelques semaines près du village. Leurs retrouvailles quotidiennes sont l’occasion de discussions à bâtons rompus sur le sexe, l’amour, la violence, la liberté et leurs conditions de vie. On passe des larmes aux éclats de rire et inversement en écoutant ces trois-là se moquer des hommes, raconter les coups ou découvrir que les hommes aussi peuvent être stériles.

De l’universalité de la violenceLa saison des femmes - affiche

D’un point de vue plus cinématographique, le film en déroutera sans doute certain·e·s car il garde les accents bollywoodiens dont raffole l’Inde : les chansons sont criardes, les danses exaltées et les couleurs vives.  Pour autant il n’a rien ou peu à voir avec un divertissement.

En effet, Leena Yadav l’affirme : son film a bien pour vocation de dénoncer les violences d’une société patriarcale. Les difficultés qu’elle a rencontrées pour le faire, aussi bien financières que lors du tournage, ont été la preuve de cette misogynie qu’elle dénonce et qui continue de contraindre les femmes. Mais ce problème s’étend bien au-delà des frontières de ce village ou même de l’Inde. Selon elle, aucun pays, au sud comme au nord, n’échappe à cette violence : « c’est bien connu, on a toujours envie de croire que cela n’arrive pas chez nous. Du coup, la vraie révélation, je l’ai eue quand je suis revenue à Bombay, quand j’ai compris que ces histoires-là arrivaient aussi dans ma ville. Ensuite, quand j’ai envoyé mon scénario à mes amis à travers le monde, ils m’ont à leur tour rapporté des histoires similaires en provenance de chez eux. C’est là que j’ai réalisé à quel point ce film devait exister. » explique t-elle à ChEEk Magazine[i].

Au-delà des violences physiques et morales, Leena Yadav dénonce également l’inaction. Pourquoi, quand on a vécu soi-même cette oppression, la reproduit-on ? Ainsi de la relation de Rani avec sa belle-fille. Dans un premier temps, elle se taira face à la violence de son fils, aux humiliations répétées qu’il fait subir à son épouse. Elle en rajoutera même, parfois, la voyant comme l’outil nécessaire à son émancipation. Jusqu’au moment où elle ne supportera plus de défendre celui qu’elle a élevé comme un prince et qui la traite, elle aussi, comme une moins que rien, en volant les quelques billets qu’elle a mis de côté ou en détruisant le fruit de longues heures de travail à coudre des tapis. L’espoir viendra de cette génération suivante qui rêve d’éducation et d’une vie meilleure.

A travers ce film, ce sont les rôles que la société nous fait porter que la réalisatrice pointe du doigt. Et le fait que nous les endossions sans nous poser de questions.

La saison des femmes (Parched), Leena YADAV, 2016, Inde. Avec : Tannishtha Chatterjee, Radhika Apte, Surveen Chawla

[i] http://cheekmagazine.fr/culture/la-saison-des-femmes-film-feministe-inde/

A lire, sur un sujet similaire, le très beau livre Journal d’une accoucheuse de Priyamvada N. PURUSHOTHAM qui raconte le quotidien d’une gynécologue à Madras.

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