Nous vous avons déjà parlé de L’école du genre. Cette web-série qui traite d’égalité a désormais sa plateforme de diffusion et nous en avons profité pour poser quelques questions à l’initiatrice du projet, Brigitte Laloupe.

Olympe et le plafon de verrePourriez-vous vous présenter en quelques lignes ? Présenter votre engagement pour l’égalité (Pourquoi et comment vous avez choisi de vous investir sur ces questions) ?

Je suis d’une génération qui a commencé sa vie d’adulte très consciente de ce que les mouvements féministes des années 70 avaient apporté. En nous comparant à nos mères nous pouvions voir que nous avions des choix qu’elles n’avaient pas eus. L’égalité semblait acquise, ce n’était qu’une question de temps pour qu’elle se concrétise.
30 ans après, constatant que ce n’était pas le cas, j’ai cherché à comprendre pourquoi. Ayant une double formation en psychologie et en sciences politiques, il m’est apparu assez évident que les raisons étaient, en grande partie, à chercher dans la façon dont nous nous socialisons et dont nous intégrons, hommes ou femmes, des comportements qui nous amènent à nous conduire différemment dans de multiples situations qui n’ont pas grand chose à voir avec notre biologie sexuée. J’ai donc écrit un livre là-dessus en 2011,  pour expliquer Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ? (ed. Pearson).
« L’égalité semblait acquise, ce n’était qu’une question de temps pour qu’elle se concrétise. 30 ans après, constatant que ce n’était pas le cas, j’ai cherché à comprendre pourquoi. »

Jusque là, vous aviez privilégié le mode écrit avec votre blog et vos livres. Pourquoi vous tourner vers un autre media ?Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes

Depuis 2008, je tenais un blog militant, et à la différence d’aujourd’hui il y avait encore très peu de blogs féministes. Ce blog a été une formidable expérience. Il m’a notamment permis de rencontrer beaucoup de gens que je n’aurais jamais connus autrement.
C’est ainsi que j’ai croisé Jérémy Sahel, producteur.  J’envisageais à ce moment-là l’écriture d’un nouveau livre plus spécifiquement consacré à la façon dont les enfants apprennent à se comporter comme des garçons ou comme des filles, et en discutant avec Jérémy, il est apparu que le propos pouvait être mis en images. C’est comme ça que nous sommes partis sur l’idée d’un web-documentaire. Avec sa société Enfin bref ! et son associée, Marie-Agnès Azuelos, ils étaient d’accord pour le produire.
Je dois dire que les producteurs·trices, et les réalisateurs·trices ont été très patient·e·s. Je ne connaissais rien à l’écriture filmique, le projet que j’ai amené était certainement très construit d’un point de vue théorique mais assez peu utilisable en l’état pour les réalisateurs·trices. Nous avons tout repris ensemble et j’ai appris sur ce qu’était l’écriture filmique.
« Ce que nous pouvons voir c’est qu’ils/elles sont souvent très conscient·e·s de ce qui se passe, mais qu’il est très difficile de prendre du recul car les stéréotypes et la pression sociale sont forts. Comme pour ces parents par exemple qui ont bien conscience que si leurs filles préfèrent le rose c’est parce qu’elle voit cela partout, mais ne savent pas comment se sortir de ça. »

Pourriez-vous présenter votre série documentaire « L’école du genre »?

Il est constitué de huit séquences chronologiques qui vont de l’attente du bébé à la passation du permis de conduire.
À chacune de ces étapes un film de huit minutes présente des personnes (familles, classes, club sportif etc) dans des situations de vie. Il s’agit d’observer comment ils/elles voient les questions de genre. Ce que nous pouvons voir, c’est qu’ils/elles sont souvent très conscient·e·s de ce qui se passe, mais qu’il est très difficile de prendre du recul car les stéréotypes et la pression sociale sont forts . Comme pour ces parents par exemple qui ont bien conscience que si leurs filles préfèrent le rose c’est parce qu’elle voit cela partout, mais ne savent pas comment se sortir de ça.
Ces séquences sont entrecoupées par des analyses d’expert·e·s. Elles sont complétées par des bonus : pour ceux qui veulent aller plus loin, des petits films de deux minutes qui expliquent ou approfondissent un point.

Quelle différence avec un documentaire classique ?

L’avantage du web Doc c’est qu’il se regarde à la demande. Si vos enfants ont six ans vous ne serez peut-être pas très intéressé·e par les séquences sur l’échographie ou sur les ados. Tout ce qui concerne la socialisation sexuée est bien connu maintenant mais si vous cherchez à vous renseigner sur le web vous allez crouler sous l’information. Il y avait par exemple sur feu le site des « ABCD de l’égalité » une multitude de vidéos de conférences universitaires. Très intéressantes mais il fallait des heures pour en faire le tour. L’idée du web doc était d’aborder l’ensemble des questions de façon synthétique, claire et si possible agréable.

Quelle(s) diffusion(s) pour cette série documentaire ?

On peut la trouver depuis quelques temps sur le site Universcience et elle est désormais, en version complète avec les bonus, sur la plateforme http://www.ecoledugenre.com/

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