Par Violaine DutropIntéresser les filles comme les garçons aux métiers du numérique

A l’occasion d’une contribution d’EgaliGone à l’élaboration d’un outil de présentation des métiers du numérique créé pour les écoles par la Fondation Entreprises Réussite Scolaire, nous avons réuni des données destinées aux enseignant·e·s sur la mixité–ou plutôt le manque actuel de mixité– dans ces métiers. Ces derniers sont en effet aujourd’hui exercés davantage par des hommes, même si la part des femmes progresse. Il s’avère essentiel que les filles comme les garçons puissent se projeter dans ces nouveaux métiers et envisager l’acquisition des qualifications nécessaires. Cet intérêt est d’autant plus important à susciter chez les deux sexes que la robotisation croissante fera disparaître de nombreux emplois.

Petite revue des activités professionnelles du numérique à travers des extraits d’articles du net :

La projection des filles et des garçons dans ces métiers encore très stéréotypée

L’article « Choix du métier : les stéréotypes de genre perdurent », répond à la question :  » Quels sont les secteurs préférés des collégiens et lycéens ?  » Aux filles, le médical et le paramédical (19 %), le luxe, les médias (10 %). Aux garçons, le numérique et les nouvelles technologies (15 %), l’aéronautique etle spatial (14 %), la robotique (9%)et l’automobile (8 %)… C’est le résultat, qui rappelle les stéréotypes, d’une enquête de l’institut CSA pour l’association Elles bougent, publiée ce mardi 8 mars, journée internationale des droits des femmes. L’étude, commandée par cette association qui vise à inciter les jeunes filles à s’engager dans les filières scientifiques et technologiques, montre que (…) une majorité se dit prête à faire des études scientifiques pour ensuite travailler dans les secteurs de l’industrie, des technologies, du numérique : 57%, contre 69 % pour leurs camarades masculins. Un écart qui se retrouve aussi dans la connaissance, plus ou moins précise, des secteurs du numérique, de la technologie, et de l’industrie, connaissance dont les filles témoignent à 60%, contre 68% des garçons. A noter que 73 % des collégiennes et lycéennes, et 63 % des étudiantes sondées estiment manquer d’informations sur ces métiers. Et qu’elles privilégient, pour mieux les connaître, les rencontres avec des professionnels. » Les métiers du numérique: plus de 70% des emplois occupés par des hommes, davantage encore dans les métiers techniques, alors que la mixité bénéficierait à l’économie D’après le dossier des métiers du web de juillet 2015 :

« Ingénieurs, commerciaux, communicants, créatifs, etc., Internet recrute tous azimuts. Mais ce sont les spécialistes du marketing on-line et les développeurs informatiques qui sont les plus recherchés. De leur côté, les créatifs, trop nombreux par rapport aux besoins réels, connaissent des conditions d’emploi souvent précaires. Beaucoup de professionnels du web exercent en free-lance, pour une agence web ou directement pour un client. Traffic manager, chargé de référencement, community manager…. le web compte ainsi de nombreuses fonctions spécifiques, nées avec Internet et présentes uniquement en ligne. Si les femmes ont plutôt investi les domaines du rédactionnel et de la création, elles sont encore sous-représentées dans les métiers techniques. Malgré les campagnes de sensibilisation des écoles d’ingénieurs ou d’associations impliquées pour l’égalité professionnelle, les femmes occupent moins de 30% des emplois du numérique. »

Concernant les métiers techniques: «Développeur web, intégrateur, hébergeur, responsable sécurité, hotliner…

Autant de métiers techniques nés de l’univers Internet. Près de 90 % des Français souhaitent que l’enseignement du codage et de la programmation informatique soit intégré aux cursus scolaires, révèle le dernier baromètre Syntec Numérique – BVA 2014. C’est dire si l’informatique s’est largement installée dans le quotidien des Français. Ainsi, les métiers du numérique ne connaissent pas la crise ! Le « Contrat d’études prospectives » du secteur professionnel du numérique de 2013 (Syntec Numérique) prévoit la création de 36 700 emplois d’ici à 2018. Des profils pluridisciplinaires – à la fois technique et ayant le sens de la gestion de projet – seront particulièrement recherchés. Les femmes représentent moins de 30 % des effectifs dans le numérique contre 48 % dans la population active globale. Cependant moins de 20 % des postes d’ingénieurs ou de techniciens du numérique sont pourvus par des femmes. » Pourtant, en Informatique : les femmes sont compatibles. C’est la Commission européenne qui le dit :

« les femmes restent minoritaires dans le secteur des technologies de l’information et des communications (TIC). L’économie gagnerait pourtant beaucoup à ce que cela change. Le chiffre reste très faible : en Europe, seuls 9% des concepteurs d’applications numériques sont des femmes. Autre statistique révélatrice d’un déséquilibre : la proportion des cadres féminins parmi les dirigeants du secteur TIC n’atteint pas encore 20%. Des chiffres du marché du travail que la Commission européenne explique par des inégalités constatées d’abord en termes d’éducation : les filles sont en effet moins nombreuses que les garçons à choisir une orientation vers les nouvelles technologies. Pour preuve, les lycéennes de terminale S qui optent pour la spécialité informatique sont trois fois moins nombreuses que leurs camarades masculins. En école d’ingénieur informatique, les étudiantes féminines restent clairement minoritaires (17,3% en 2012). À l’université, à peine 3% des filles décrochent un diplôme en informatique, contre 10% des garçons. Sur 1 000 femmes titulaires d’un bachelor, elles ne seront que 4 à aller travailler dans les nouvelles technologies. Or, on estime que le PIB européen pourrait croître de 9 milliards d’euros par an si les deux sexes étaient également représentés. »

Réseaux sociaux / Community manager: un métier récemment féminisé

Parmi les métiers du numérique, voici l’un des rares métiers mixte jusqu’en 2014 mais exercé depuis 2015 par une majorité de femmes. En effet, d’après une enquête réalisée sur les community managers en France en 2015, « 62% des community managers qui ont répondu à nos questions sont des femmes. La profession se féminise progressivement (51% en 2013, 55%en 2014). »

Les métiers du jeu vidéo: un domaine très masculin

En 2012, lesmetiersdunet.fr publiait un dossier sur les métiers des jeux vidéo, dont les chiffres ont sans doute évolué depuis :

«La compétence des professionnels français du jeu vidéo est reconnue dans le monde entier. Il s’agit d’une main d’œuvre jeune (29 ans d’âge moyen), masculine, et hautement qualifiée. Selon le SNJV 1, 82 % des dirigeants d’entreprises du secteur et 75 % des salariés ontun niveau de formation supérieur au bac (dont plus de la moitié possède un diplôme de niveau bac + 3 ou plus). Les femmes sont encore peu nombreuses parmi les professionnels des jeux vidéo. Elles sont davantage présentes chez les éditeurs (25 %) que dans les studios de développement (15 %). Leur présence pourrait cependant s’affirmer dans les prochaines années: selon une étude réalisée par Zylom, les femmes jouent aujourd’hui presque autant que les hommes alors que ce loisir était encore typiquement masculin il y a quelques années.»

Les métiers dela robotique: quatre hommes pour seulement une femme en 2015 pour une activité qui remplacera de nombreux emplois

Dans l’article « Emploi : les femmes devraient être les premières victimes des robots », Frédéric Bianchi sur bfmbusiness.bfmtv.com, annonce en janvier 2016 pourquoi les femmes seront plus impactées.

 » Les principales victimes de cette robotisation devraient être les femmes. Certes sur les 7,1 millions d’emplois détruits, ce sont les hommes qui seront le plus concernés (52% contre 48% de femmes). Mais d’une part les femmes étant moins nombreuses sur le marché du travail, elles seront davantage impactées en proportion. Mais surtout, elles seront beaucoup moins représentées que les hommes dans les 2,1 millions d’emplois créés en compensation. Au final, si 33% des postes disparus seront compensés par de nouveaux pour les hommes, il ne sera que de 20% pour les femmes. Pourquoi les femmes seraient-elles davantage touchées et dans d’aussi grandes proportions ? Tout simplement parce que les créations d’emplois se feront principalement dans des secteurs où elles sont peu présentes : informatique, mathématiques, architecture ou encore ingénierie. Ainsi pour cinq nouveaux emplois créés dans les STIM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques), un est occupé par une femme, quatre par des hommes. »

Il ajoute :    » Une pénalisation des femmes sur le marché de l’emploi  » qui inquiète Klaus Schwab, l’organisateur du Forum de Davos. En introduction du rapport, il appelle les pays à apporter « une réponse rapide et ciblée pour gérer la transition à très court terme et construire des forces de travail qualifiées. » Sans quoi « les gouvernements seront confrontés à un chômage grandissant et à des inégalités croissantes, alors que les entreprises verront leurs marchés de consommation se contracter », avertit le fondateur du Forum Economique Mondial. Et ça doit certainement commencer par la formation. Aujourd’hui, les femmes représentent moins de 30% des  étudiants en école d’ingénieur en France. Un chiffre quasi-stable depuis 10 ans et qui explique la sur-représentation des hommes par la suite dans les métiers technologiques. »

Cryptographie: encore peu de femmes dans les disciplines des mathématiques

Parmi « Les métiers des mathématiques» dans lesquels figure la cryptographie, lesmetiers.net nous informe dans sa mise à jour du 31/08/2012 que«46 % des profs de maths du secondaire sont des femmes. En revanche, le taux de féminisation des autres métiers des mathématiques est beaucoup moins élevé. C’est de ce constat et de la volonté d’y remédier qu’est née,en 1987, l’association Femmes et mathématiques. Réunissant près de 200 mathématiciennes, elle mène des réflexions, organise des rencontres, publie des documents pour promouvoir les femmes dans le milieu mathématique et encourager la présence des filles dans cette filière. »

Une socialisation à interroger

« Malheureusement, aujourd’hui encore, les jeunes filles sont plutôt éduquées dans l’idée que des métiers qui ont une finalité altruiste et/ou artistique leur correspondent mieux que des métiers intellectuels de pure réflexion ou plus abstraits. » affirme Sophie Viger, directrice de la Web@cadémie. Pour beaucoup, la clé de l’égalité est dans l’éducation, ou plutôt dans la déséducation des femmes que l’on tient éloignées des secteurs techniques ou technologiques. »

Des actions pour développer la mixité

Pour développer la mixité dans ce secteur, des campagnes (Orange), des réseaux (Girls in tech par Microsoft ; Réseau de développeuses : Duchess France / Women in tech) ou des enquêtes se multiplient. « En 2012, Femmes du Numérique s’est donné pour objectif d’ici 2020 d’augmenter le nombre de recrutements et de faire évoluer la promotion des femmes dans le secteur numérique. Avec 35 000 recrutements et 12 000 créations nettes d’emplois en 2014, les femmes ont toute leur place dans ce secteur attractif et dynamique qui offre de nombreuses opportunités de carrières. Femmes du Numérique a atteint cet objectif : entre 2010 et 2014, le taux de recrutement des femmes est passé de 22 % à 26%,et l’évolution des promotions de 23 % à 26%. » Par ailleurs,

« l’étude Mutationnelles 2014 montre une amélioration de l’emploi et des conditions de travail des femmes dans les métiers scientifiques et techniques. (…) La 6e étude Mutationnelles 2014, réalisée par Global Contact pour Orange, révèle que : les femmes représentent désormais 34% des étudiants dans les formations scientifiques et techniques, l’emploi progresse de 8% dans les métiers scientifiques et techniques (entre 2010 et 2014) »

Ces résultats sont encourageants mais restent encore insuffisants pour garantir des opportunités d’emploi équivalentes pour les deux sexes. Gageons que les enseignant·e·s et les parents participeront aussi, dans des proportions fortes, à intéresser autant les filles que les garçons à ces métiers d’avenir.

 

Notes :

(1) SNJV : syndicat des jeux vidéos

 

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