Julie Douglas a lu le livre « Comment parler de l’égalité filles-garçons aux enfants » de Jessie Magana, paru en Avril 2014, aux Editions Le Baron Perché, accès aux informations de la maison d’éditions, et nous livre ce qu’elle en pense.

Rédigé par Julie Douglas

 


Pour éclairer le sujet de l’égalité entre les filles et les garçons, cet ouvrage aborde les questions que les enfants et les adolescent·e·s pourront se poser et comment on peut y répondre en tant qu’adulte. S’adressant aux parents, grands-parents et enseignant·e·s, Jessie Magana offre des fiches de lecture en format question-réponse de manière accessible et simple. Elle est convaincue que seule l’éducation des enfants et la sensibilisation des adultes peuvent venir à bout des clichés sexistes. Il est souligné que l’égalité filles-garçons est abordée dans une perspective purement occidentale. Elle rappelle évidemment que « les inégalités ne sont pas innées mais construites, ce qui permet également de donner aux adolescent·e·s les outils pour les combattre ». Ce livre est donc à la fois conçu comme un outil de prévention et comme une base de réflexion pour questionner les stéréotypes. Est-il possible d’imaginer que les adultes pourraient installer une petite alerte quelque part dans leur tête et l’actionner quand ils ou elles se trouvent confronté·e·s à une situation de sexisme ordinaire ?

Le format de l’ouvrage est plutôt bien organisé avec une trentaine de pages sur le contexte de l’égalité avec un rappel de l’histoire et l’importance de l’éducation à l’égalité. Le corps du livre (une soixantaine de pages) est constitué de 15 fiches qui sont le reflet des interrogations soulevées et des réponses apportées dans les classes lors des interventions réalisées pendant la préparation du livre. Les fiches sont divisées en trois parties : les différences entre les femmes et les hommes (physiques et culturelles) ; la conquête de l’égalité ; les inégalités qui demeurent. On peut les lire de manière indépendante selon les envies et les besoins. Pour chaque fiche, il y a trois tranches d’âge annoncées afin de guider les lecteurs ou lectrices pour adapter leurs réponses à chacune : 5-8 ans, 9-12 ans et 13-15 ans.

J’ai particulièrement apprécié la fiche sur la famille et les inégalités qui y demeurent. Le sujet de « l’instinct maternel » attribué aux femmes, à discuter avec des enfants de 5 à 8 ans, est bien argumenté et mène à une réflexion critique sur les construits de la société. Néanmoins, certain·e·s enfants moins matures n’arriveront pas à appréhender des contions et concepts : il est donc nécessaire pour chaque adulte accompagnant·e d’expérimenter et d’estimer les paramètres et conditions de mise en place. Enfin, pour les 13-15 ans, il est pertinent d’aborder le fait qu’il y a de plus en plus de diversité dans la constitution de la famille (monoparentale, homoparentale, recomposée…). De plus, les perspectives d’avenir et le changement souhaitable des mentalités sont suggéré·e·s dans la manière de formuler les réponses : « Les hommes qui souhaitent se consacrer davantage à leur famille ne sont pas encore bien vus. » On regrettera toutefois qu’aucune source ne soit citée en regard des chiffres avancés, notamment concernant la répartition des tâches ménagères.

Concernant le contenu, l’autrice a choisi un ton plutôt catégorique qui pourrait parfois poser question. Ainsi, le lecteur ou la lectrice peut se retrouver avec une liberté restreinte d’interprétation du thème, comme celui sur les différences physiologiques femmes-hommes, qui aurait besoin d’être étoffé. La description des filles parait en effet simpliste et réductrice quant à la description de leur physique lors de l’adolescence : « Lors de la puberté, le corps se prépare pour concevoir un enfant. Les filles ont les seins qui poussent, elles ont leurs règles. Les garçons ont leurs premières éjaculations et ont la voix qui mue. » La formulation me semble un peu maladroite car elle tend à renforcer l’idée stéréotypée que le corps des filles se développe davantage dans la perspective de la reproduction tandis que celui des garçons se développe aussi dans la perspective du plaisir et/ou du désir. Or tous deux pourraient être également décrits comme potentiels sujets de plaisir et de désir.

Par ailleurs, une inexactitude est à relever sur l’écart de rémunération annoncé entre les femmes et les hommes, dont le chiffre est sous-estimé s’il s’agit de la donnée française, et dont le revenu pris en référence semble être celui des femmes et non celui des hommes (les sources ne sont pas citées).

Pour conclure, ce guide me semble utile comme une première introduction du sujet de l’égalité filles-garçons, mais il sera utile de le compléter avec des lectures supplémentaires autour des études de genre pour assurer un regard critique et une justesse sur la manière de parler aux enfants selon la diversité et les capacités des enfants.

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