Animation d’un débat suite au Spectacle FILLES DE MAI, Compagnie Pare-Choc le 3 avril 2017 au Théâtre de l’Imprimerie, Rive de Gier.

Par Violaine et Julie, avec la contribution de Géraldine Favre

Nous avions déjà vu le spectacle – Violaine : deux fois avec des proches, Marie : une fois avec un proche – et avions adoré, ri, pleuré… Et puis nous avons demandé à Géraldine Favre, créatrice de Filles de mai, quelles étaient les réactions des jeunes lors de représentations scolaires. Elle nous a donc proposé de venir le constater par nous-mêmes en participant à l’animation de l’échange après spectacle suite aux deux représentations pour deux classes d’élèves de seconde en avril 2017. La très grande qualité de ce spectacle nous avait séduit·e·s, c’est donc avec plaisir que nous avons accepté l’invitation de la Cie Pare-Choc de débattre avec un public de lycéen·ne·s à l’issue de deux représentations. Julie volontaire en service civique ainsi que Violaine ont prêté main forte aux comédiennes le matin, Julie l’après-midi.

Cette dernière, après une petite présentation du sujet, témoigne de cette expérience… décapante !

« Les « filles de mai » ne sont pas bien connues dans la mémoire générale des jeunes de nos jours. Pourtant, elles ont changé les droits des femmes pour les générations suivantes de françaises. Ecrit et mis en scène par Géraldine Favre, ce spectacle grave, drôle et vif de la Compagnie Pare-Choc dure environ 50 minutes. Il propose une belle leçon d’histoire peu détaillée dans les manuels, partageant les grands combats menés par des femmes pour faire avancer les droits des françaises au XXème siècle, issus des manifestations pour le droit de vote et pour l’avortement. Accessible à tout public, le rappel de ces évènements charnières, notamment de mai 1968, nous fait prendre conscience de l’aspect fragile des droits humains selon l’époque à laquelle on vit, notamment le droit à l’IVG, qui n’est toujours pas acquis dans certains pays de l’Europe. L’humour est entremêlé de manière tout à fait appropriée et subtile. Les trois conférencières retracent l’histoire des combats des femmes au 20ème siècle et nous surprennent en faisant référence à la culture populaire comme Barbie et Moulinex, en relisant les définitions du mot « femme » dans les dictionnaires pour une prise de conscience de l’évolution des mentalités. Le ton libre et ouvert agit comme une piqûre de rappel : il vaut mieux se dire que des droits ne sont jamais entièrement acquis mais en évolution permanente, fragiles, et qu’ils peuvent être remis en cause.

Photo Julie Douglas, 3 avril 2017

En matinée, une soixantaine de jeunes prenaient place dans la petite salle de théâtre, curieux∙se∙s et excité·e·s par l’événement. L’entrée en matière percutante a retenu l’attention de tou∙t∙es.

Globalement, j’ai senti que ces élèves étaient très attentif∙ves, présent.e.s, curieux.euses pendant le spectacle. L’emploi des dictionnaires du XXème siècle par les conférencières s’est avéré très révélateur du progrès social que nous avons parcouru et c’est un choix important pour relever des inégalités, dans la langue française notamment. Les élèves ont soulevé le sujet des libertés et que nous n’avons peut-être pas les mêmes libertés pour faire des activités culturelles ou sportives selon que l’on grandit en tant que fille ou garçon. Pour illustrer l’effet des stéréotypes qui peuvent exister, nous avons proposé l‘exemple des garçons qui ont envie de faire de la danse classique mais qui n’osent pas, du fait du regard, du contrôle social qu’on pourrait porter sur eux. J’ai été impressionnée par la maturité des réflexions de quelques élèves sur la diversité des corps et des individus qu’on soit homme ou femme. Les réactions d’autres élèves m’ont montré l’importance d’aborder le sujet des libertés des personnes tout au long de l’éducation (comme la liberté du choix vestimentaire des femmes par exemple) ou de présenter des formes théâtrales aux élèves (cette forme d’expression peut être une découverte pour certain·e·s élèves).

L’accueil du groupe de l’après-midi a été compliqué. Les jeunes semblaient peu concentré∙e∙s sur le sujet abordé ou feignaient le désintérêt (bâillements à voix haute, bavardages, réactions diverses), mais ont aussi interagi avec les comédiennes pendant le spectacle, ce qui témoignait peut-être de leur intérêt ou de leur gêne au vu des thèmes traités. Les trois comédiennes ont su garder leur sang-froid et accueillir les bruits divers et les réponses apportées par certain·e·s élèves aux questions rhétoriques posées dans le texte du spectacle. Au moment de la discussion, nous avons réalisé que des mots et des notions employées, notamment « rapport de force », « désir » et la gravité du viol et de la violence, auraient nécessité davantage d’accompagnement. Les expressions et échanges avaient besoin d’être prolongés.

La normalisation des inégalités semblait en effet très ancrée chez certain·e·s jeunes de la séance de l’après-midi, ils∙elles avaient du mal à questionner la norme et leur propre identité de fille ou de garçon. Un garçon a exprimé que « Le viol, c’est normal », parole que nous avons dû accueillir (avec des arguments et la loi) même si elle nous a choquées. Une vraie culpabilisation des filles qui portent des jupes s’est manifestée chez des jeunes femmes ; pour elles, les garçons étaient forcément incontrôlables et n’étaient donc pas responsables de leurs actions s’ils abusaient des filles : « Quelque part, elle l’a cherché. ». D’après certaines filles présentes, « Les filles font tout pour attirer l’attention vers elles. C’est de leur faute si elles se font violer. » Surprises par ce que le spectacle a révélé de certaines relations entre filles et garçons, nous nous sommes d’abord senties démunies mais avons tout fait pour faciliter la prise de parole, sur un sujet à la fois mal connu sur le plan historique et très actuel dans le vécu quotidien de certain·e·s jeunes. Géraldine est à la recherche des explications pour mieux comprendre ce qui se passe socialement et a envie de creuser des pistes d’actions par la suite pour proposer ce spectacle et l’étape préparatoire nécessaire. »

Géraldine Favre, comédienne et metteuse en scène du spectacle, a bien voulu partager aussi son vécu de ces moments.

« Ce fut une journée de rencontre forte pour nous qui confirme que l’échange avec ce spectacle pour les lycées est vraiment intéressant. L’après-midi a été plus problématique avec des classes où les relations sont vraiment hyper tendues, agressives… C’était difficile de discuter et difficile pendant la représentation. Par exemple, des groupes de garçons qui font la loi, des professeur·e·s silencieux·ses, des filles qui ont du mal à se faire entendre… Cela me travaille, ça me questionne dans tous les sens… Une jeune fille de 15/16 ans ne connaissait pas le sens du mot « désir ». Cependant, ils et elles avaient une parole vraie, sans filtre. Ma première réaction est le choc bien sûr (les paroles sur le viol essentiellement) mais ça me donne envie de partager avec d’autres sur ce qui peut se passer dans certains territoires et sur les possibilités d’action. »

De notre côté, nous ne pouvons que recommander ce spectacle à tous les lycées de France : il retrace en peu de temps, de façon percutante, avec une mise en scène très dynamique et des textes drôles, une partie des progrès, obstacles, violences et problèmes d’aujourd’hui concernant les femmes, alors que peu de jeunes en ont connaissance et conscience, mais que beaucoup ont un vécu sur le sujet. D’ailleurs, aux dernières nouvelles, le même lycée redemande le spectacle cette année, ce qui montre que l’action a bien créé du positif !

 

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