Nos interventions, ou nos échanges via internet, sont l’occasion de recueillir des questions ou des objections sur le sens profond de notre action. Souvent ces questions révèlent des peurs profondes de la remise en cause de l’ordre social actuel concernant les rapports entre les femmes et les hommes, parce qu’il fait partie de notre identité construite. Au moins, ces questions ou réactions permettent la plupart du temps de partager le constat de base qui permet d’agir : il y a aujourd’hui des rapports inégaux entre les sexes.

De temps en temps nous en sélectionnons une à laquelle nous répondons dans notre lettre d’information mensuelle. Les voici récapitulées ici :

Vous voulez pousser les garçons à jouer à des jeux de filles et les filles à des jeux de garçons ? (EgaliGone Infos février 2014)

D’abord nous ne voulons « pousser » personne. Nous souhaitons autoriser tout le monde. L’idée est d’accroître les permissions (ce qui est possible seulement si le jouet est proposé) et de respecter les envies individuelles. Il s’agit de développer la tolérance et la bienveillance de l’entourage des enfants et des enfants eux·elles-mêmes envers chaque autre enfant qui se distinguerait du groupe par ses goûts, ses aptitudes, ses envies… Ainsi chaque enfant s’autorise non seulement à s’intéresser à davantage d’activités, mais peut développer les compétences correspondantes.
Ensuite nous remettons en question les expressions « jeux de filles » et « jeux de garçons » parce que : 1) elles poussent les enfants à se conformer à cette attente ainsi exprimée, sous peine d’être remis·e·s en question comme garçon/fille ; 2) elles les poussent à regarder de travers les comportements qui ne seraient pas conformes, à les trouver bizarres, anormaux, voire à les rejeter ; 3) elles sont de pures créations commerciales (les catalogues pages rose / pages bleues datent des années 90) qui empêchent les enfants d’accéder à toutes les possibilités de développement d’un·e enfant ; 4) elles transmettent des idées reçues sur les filles et sur les garçons, pouvant conduire les enfants qui ne se reconnaissent pas dans ces idées reçues à un mal-être et les empêchant de devenir eux·elles-mêmes ; 5) elles masquent l’histoire des jouets en les montrant comme immuablement associés à l’un des deux sexes.
En conclusion, nous souhaitons simplement que tous les jouets soient dans les faits accessibles – et pas imposés – à tou·te·s les enfants, filles ou garçons. Cela signifie que les enfants ne devraient pas se sentir autorisé·e·s ou non à découvrir un jouet en fonction de leur catégorie de sexe.
Pour aller plus loin, lire la fiche-ressource : Choisir un jouet aujourd’hui dans la page EgaliJouets

Vous voulez que les garçons aient des jouets rose et jouent à la poupée ? (EgaliGone Infos février 2014)

Nous souhaitons que le rose soit une couleur comme les autres, accessible à tout le monde, non réservée aux filles.
Nous souhaitons qu’un garçon qui aime le rose ne se sente pas stigmatisé, moqué, humilié. Ceci arriverait dans le cas où la personne moqueuse penserait dégradant d’aimer le rose, donc attribuerait une moindre valeur aux filles/femmes.
Nous souhaitons que soit davantage connue l’histoire des couleurs de l’enfance, montrant que ce sont les époques qui créent la symbolique des couleurs, la nôtre étant celle de la société de consommation et du marketing genré (le fait de s’adresser spécialement aux filles ou aux garçons, aux hommes ou aux femmes quand on cherche à vendre ses produits ou ses services).
Nous souhaitons que jouer à la poupée soit reconnu comme une activité ludique essentielle pour le développement des filles comme des garçons, ceux-ci ayant joué à ce jeu autant que les filles à d’autres époques : Lire La poupée, un jeu pour filles et garçons.

Que faites-vous de la galanterie ? (EgaliGone Infos juin 2014)

Notre réponse : Nous la remplaçons par la courtoisie (dans son sens actuel, soit dans la définition du Larousse : « Attitude de politesse raffinée, mêlée d’élégance et de générosité ; civilité. »), qui a l’avantage de s’exercer quel que soit le sexe et qui est un mélange de politesse et d’égards envers autrui, sans rapport de sexe. Ainsi femmes et hommes peuvent être prévenant·e·s vis-à-vis des autres, sans qu’un rapport de séduction ou de protection soit instauré. Pour aller plus loin sur ce qu’instaure « le système de la galanterie », lire Erving Goffman,L’arrangement des sexes, trad. de l’anglais par H. Maury, Paris, Éd. La Dispute, coll. Le genre du monde, 2002, 116 p. Jean-Marc Leveratto en a rédigé une note de lecture sur le site Questions de communication.
Selon le Larousse, la galanterie est définie ainsi : 1) Politesse empressée auprès des femmes. 2) Propos, compliments flatteurs adressés à une femme (surtout pluriel) : Débiter des galanteries. 3) Littéraire : Recherche d’aventures amoureuses, de bonnes fortunes.

La question du mois : « L’égalité filles-garçons, c’est bien, mais jusqu’où aller ? » (EgaliGone Infos juillet 2014)

La question nous a été posée à plusieurs reprises depuis le début de notre action, par des hommes comme par des femmes. Gardons-nous de supposer quelles peurs se cachent derrière cette question, qui peut paraître saugrenue, voire choquante. Quelquefois la question exprime la peur d’un renversement… Et si les femmes se mettaient à dominer ? Mais ce n’est pas toujours le cas. La dernière fois qu’elle nous a été posée pendant une intervention, nous avons renvoyé cette question aux autres personnes du groupe. L’inquiétude portait en fait sur le rapport à la norme : comment élever des enfants en leur faisant croire que tous les choix sont possibles, alors que cela leur apporterait d’abord des ennuis de se comporter en dehors de la norme ? Peut-être d’être mal intégré·e·s, mal accepté·e·s, incompris·e·s…

Parmi les réponses qui peuvent être apportées, il y a l’apprentissage de la tolérance : affirmer et autoriser la diversité des possibles quel que soit son sexe, c’est en effet préparer l’enfant à accepter et respecter les autres dans leurs particularismes et leur diversité. Il y a ensuite l’apprentissage de l’écoute de soi, une ressource nécessaire à l’épanouissement personnel, qui a un lien très étroit avec l’estime de soi.


Questions (ou réactions) dont nos réponses seront publiées :

  • Vous voulez inverser les rôles entre les hommes et les femmes ?
  • Vous voulez qu’il n’y ait plus d’hommes et de femmes ? Qu’on devienne tous (les êtres humains) pareils ?
  • L’égalité moi je suis d’accord mais Il ne faudrait pas aller trop loin : il y a des choses que les hommes ne pourront jamais faire et des choses que les femmes ne pourront jamais faire !
  • Vous souhaitez créer une société de célibataires ?
  • Vous voulez détruire la famille ? Et qu’il n’y ait plus d’enfants ?
  • Pourquoi ce sont toujours les hommes qui font les métiers ingrats ? (un élève de 4ème)
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