A l’occasion du dernier rassemblement du mois de juin à Lyon, organisé par Nous Toutes Rhône et le Collectif Enfantiste 69, nous avons pris la parole parmi d’autres (dont ce jour-là : Sandrine Fortina de Déclic et des clés, une avocate, Le collectif enfantiste, une mère protectrice) pour affirmer l’importance d’agir de façon conscientisée auprès des enfants dès leur plus jeune âge, dans tous les milieux qui environnent les enfants. Le texte de notre présidente-fondatrice Violaine Dutrop est reproduit ci-après.


Photos EgaliGone
Comme Lyhanna qui en a subi l’issue fatale, chaque enfant de ce pays vit une double oppression, au croisement de la domination adulte et de la domination masculine, les filles encore davantage que les garçons. Car ces dominations circulent, mais pas de la même façon pour tout le monde. Dans ce système, qui est encore insuffisamment analysé, les filles comme les garçons deviendront des adultes, les garçons deviendront des hommes.
Chacun, chacune d’entre nous a été socialisé·e à la fois à ces deux dominations. Nos enfants le sont encore, dans tous les domaines de leur vie.
Ainsi, les normes de genre sont partout, elles mélangent clichés et réalité, Chaque enfant les voit, les intègre, risque de les reproduire :
- aux femmes l’éducation et le soin des autres, le travail gratuit, la vie domestique, les relations, les sentiments, la vie de famille et le soin de soi et le second revenu dans le couple traditionnel,
- aux hommes la conquête des savoirs, des techniques, de l’argent, des animaux, de la terre, de l’espace, du corps des femmes et des enfants et le revenu principal dans le couple traditionnel.
Ainsi, depuis l’enfance, le sexisme ordinaire nous façonne, et peu de gens l’arrêtent :
- on attend des petites filles qu’elles soient sages et jolies, mais Pas de débardeur, c’est indécent !
- on apprend aux garçons à ne pas se laisser faire, et on autorise leur prise de pouvoir sur la cour d’école
- on dit aux filles qu’elles ne doivent pas se mettre en colère et aux garçons qu’ils sont assez forts pour ne pas pleurer et éloigner la peut et la tristesse
- on demande plus aux filles qu’aux garçons de débarrasser la table et de ranger
- on propose aux garçons d’aller jouer dehors et on a un problème s’ils n’aiment pas le foot.
Quand des enfants s’en offusquent, l’adulte ne peut les entendre que s’il ou elle considère la parole de l’enfant.
Or, le mépris des enfants est partout :
- la température récente des salles de classe ne serait pas admise dans un bureau,
- les espaces qui discriminent les enfants progressent,
- le jeu n’est quasiment plus possible dans l’espace public,
- l’accompagnement parental est insuffisant
- les adultes organisent le monde sans tenir compte des besoins des enfants, ni de leur avenir
- des images d’elles ou eux circulent sur les réseaux, sans leur consentement
- leurs corps sont sexualisés
- une grande part des vidéos de pornographie mettent en scène des enfants
- leurs traumas ne sont pas pris en compte, ni soignés
- ils et elles font l’objet de discours récurrents sur l’enfant-roi et le besoin d’autorité
- leur esprit critique est souvent mal accueilli,
- ils et elles sont rarement consulté·es pour leur propre vie
Depuis longtemps, les conditions des enfants et des femmes, tout en étant spécifiques, ont des points communs. Ces rassemblements me donnent un espoir : la société voit de plus en plus ce qu’ils et elles subissent :
- on organise leur vulnérabilité
- on les agresse parce que ce sont des enfants ou des femmes
- on ne les informe pas sur leurs droits
- on les prive de leurs droits
- on leur dénie leurs droits
- on minimise ou on ne reconnaît pas leurs vécus
- on ne les écoute pas
- on n’affecte pas les moyens nécessaires à leur protection, à la défense de leurs droits, ni à la réparation de leurs préjudices, notamment en terme de santé mentale
- on les accuse de mensonges et d’être responsables des agressions qu’ils et elles subissent
- on organise leur victimisation secondaire dans les parcours de justice
- on pense que toutes sortes de principes sont plus importants que la garantie de leur sécurité : le montant de la dette, l’économie, les limites budgétaires, le secret médical, l’image de la famille, l’avenir prometteur de la personne mise en cause…
- de fait, on organise l’impunité de leurs agresseurs.
Depuis 2010, L’institut EgaliGone encourage l’éducation à l’égalité de genre dès le plus jeune âge.
Nous interrogeons les situations éducatives ordinaires.
Nous créons et mettons en circulation des expositions thématiques, nous organisons des enquêtes, des réflexions et des événements. En 2025, nous avons organisé le festival Mon corps, mon cœur, mes choix, à Villeurbanne, sur l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle.
Nous montrons comment dans la vie de tous les jours, nous reproduisons les discriminations, comment de ce fait nous distillons, sans nous en rendre compte, les germes des violences de genre, dès l’enfance.
De nombreuses fois, nous avons été sollicité·es pour intervenir auprès des enfants, alors que les adultes n’avaient pas été formé·es à ces sujets ; c’est très problématique. C’est la priorité.
Nous pensons que c’est d’abord à nous, les adultes, de changer nos pratiques quotidiennes dans l’accompagnement des enfants.
Nous devons tout faire au quotidien pour ne pas reproduire la culture du viol, la culture de l’inceste, la domination adulte et la domination masculine, qui sont étroitement liées, dans tous les secteurs de l’enfance, dans les médias, dans nos familles, partout.
Nous pensons qu’une révolution culturelle est nécessaire,
Que c’est une politique publique ambitieuse et responsable dont nous avons besoin,
Que les institutions doivent avoir les moyens,
Que l’EVARS doit être mise en place de façon systématique, rigoureuse et non négociable à l’école,
Que l’école, la justice, les médias, la police, la famille doivent traiter les enfants comme de véritables personnes,
Parce que les enfants sont toujours, comme le dit le juge Durand, des gens sérieux.
