Prise de parole « Femmes et Climat » pour le mouvement du 26 septembre

Mettons le soin au centre de la société, c’est-à-dire au centre de la vie.
Et réfléchissons à ce que serait une société où garçons et filles apprendraient autant, et davantage qu’aujourd’hui, à respecter et prendre soin du vivant sous toutes ses formes.

A l’occasion de la mobilisation organisée le 26 septembre 2026 en réponse à l’appel national pour le climat, la paix, le vivant et la justice sociale, Violaine Dutrop a pris la parole au nom d’EgaliGone, après plusieurs collectifs du territoire. Voici le texte de son intervention.

L’institut EgaliGone est une association lyonnaise, initialement basée à Bron, qui encourage l’éducation à l’égalité des sexes dès le plus jeune âge.

Défendre l’égalité inscrite dans notre constitution et dans notre devise républicaine, c’est lutter contre le sexisme ordinaire. Ce sexisme est nourri chaque jour, partout, lorsqu’on enferme les hommes et les femmes dans des rôles différents, prédéfinis et hiérarchisés.

Depuis longtemps, les hommes sont davantage associés au travail productif, rémunéré. On leur demande de gagner hors de chez eux l’argent qu’il faut pour nourrir leur famille.

Les femmes, elles, sont davantage associées au travail qu’on appelle reproductif, c’est-à-dire à l’élevage des enfants et au soin des autres. Ce travail est le plus souvent effectué gratuitement dans la famille, il n’est pas valorisé dans les richesses économiques. Il peut être rémunéré et devenir un métier seulement si ces activités sont exercées hors de la famille. Mais dans ce cas, il a des chances d’être assez mal payé, et de ne pas être considéré comme vraiment « productif ».

Bien sûr, de nos jours, l’immense majorité des femmes travaillent pour de l’argent et beaucoup d’hommes prennent soin de leur proches et s’investissent dans l’éducation de leurs enfants.

Mais l’égalité des revenus et de considération est encore loin, il suffit de constater que des secteurs entiers emploient principalement des hommes et d’autres principalement des femmes. Aujourd’hui très peu de métiers sont mixtes. Très peu de femmes dirigent ces grandes entreprises qui orientent la marche du monde avec plus de pouvoir que les Etats. Dans la majorité des couples hétérosexuels, les hommes gagnent plus que les femmes, alors qu’elles sont très actives chez elles en plus de leur activité hors de chez elles.

Ces constats peuvent sembler loin des sujets de notre mobilisation. Pourtant, cette organisation arbitraire et injuste des activités humaines entre les femmes et les hommes est au cœur de notre système économique. Des enfants bien nourris, propres et suivis dans leurs devoirs auront plus de chances d’avoir un travail rémunéré plus tard, donc une place dans le système productif. Et puis grâce aux femmes qui font la majorité de ce travail de soin, les hommes sont plus disponibles pour le travail payé. Ce travail de soin considérable, effectué gratuitement dans les familles et au delà, est donc utilisé par le monde du travail pour produire ce qu’on appelle encore aujourd’hui des richesses. Il est même attendu que nous tous et toutes, nous oubliions tout ce que nos parents et grand-parents savaient faire gratuitement en cuisinant, bricolant, jardinant à la maison. Les savoirs-faire familiaux, le soin apporté aux objets, à la terre, à nos jardins, ont disparu peu à peu pour qu’on s’éloigne de nos milieux de vie et qu’on consomme des choses toutes faites, fabriquées par le système productif à l’autre bout de la terre, remplaçables ou jetables.

Or, ce système produit aussi du CO2, des déchets et du plastique. Il pollue l’eau, les océans et l’air, il détruit la biodiversité, exploite et fait souffrir les animaux, bouleverse les équilibres naturels et produit du diabète, des cancers et de la pauvreté. Ce système économique qui détruit la vie sur Terre et exploite le temps des femmes, c’est la société de production et de consommation à laquelle nous sommes habitué·es.

Ce n’est pas tout. Notre modèle de société crée et s’accommode des inégalités économiques. Dans les familles, ces inégalités augmentent les risques de violences masculines envers les femmes et les enfants. Pendant la pandémie de Covid, le confinement a fait augmenter ces violences. Les canicules ont le même effet, et elles se reproduiront de plus en plus.

Réfléchissons à de nouveaux sens pour les mots Progrès, Richesse et Travail.

Réfléchissons à comment améliorer les conditions de vie de toutes les personnes déjà vulnérables qui s’aggravent avec le dérèglement climatique.

Organisons la protection des personnes et la réduction des vulnérabilités.

Mettons le soin au centre de la société, c’est-à-dire au centre de la vie.

Et réfléchissons à ce que serait une société où garçons et filles apprendraient autant, et davantage qu’aujourd’hui, à respecter et prendre soin du vivant sous toutes ses formes. C’est notamment ce que nous promouvons à EgaliGone.

Agissons en ce sens.