Dans le cadre des Jeudi We de Locaux Motiv’, Sasha a présenté le guide pour l’égalité hommes-femmes dans les associations le jeudi 25 juin 2015.

 

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Par Sasha Monneron

Présentation du guide

Ce guide permet à chaque association d’effectuer un autodiagnostic quant à l’égalité entre hommes et femmes au sein de sa structure. Il est né sur l’initiative de la DDCS du Rhône, et est devenu un outil national aujourd’hui. Sa création s’est basée sur le constat que les acteurs associatifs ne se posaient pas nécessairement la question de l’égalité hommes-femmes au sein de leur structure et dans l’élaboration des projets, l’existence de ce guide leur permet de se questionner.

L’étude d’Animafac « Les femmes et le pouvoir dans les associations étudiantes » nous révèle que même dans le monde étudiant, qui se réclame une génération égalitaire et où l’égalité homme-femme est une évidence, les inégalités persistent. Elles sont reproduites de manière non consciente. La présidence est assurée à 61% par les hommes et la trésorerie est à 55% masculine. Ces chiffres n’ont pratiquement pas évolué depuis les dix dernières années.

L’intérêt de ce guide est de permettre à travers plusieurs tableaux d’analyse d’avoir une vision détaillée de la situation de l’association. Il questionne sur le nombre de membres, de bénévoles, la formation qu’ils.elles ont suivi, la composition des instances dirigeantes, le type de contrat pour les employées (CDD, CDI, temps partiel…), etc. Une vision trop générale ne permettrait pas de se rendre compte des inégalités femmes-hommes. Chaque tableau est accompagné d’une partie « Que repérez-vous ?» qui permet de synthétiser les résultats obtenus. Et surtout, il suggère de nombreuses pistes d’action « Comment agir ? » lorsque la mixité n’est pas au rendez-vous, que ce soit par manque de femmes ou d’hommes. Il permet de réfléchir à des moyens à mettre en œuvre, allant de la vérification des visuels (s’adressent-ils autant aux hommes qu’aux femmes ?) jusqu’à la prise en compte des horaires de réunions ou à l’inscription de l’égalité dans les objectifs des projets associatifs.

Après cette première partie d’auto-diagnostic, le guide comporte une seconde partie plus informative, qui donne des détails sur le diagnostic égalité dans la société par secteur : culture, médias, éducation, sport… , et permet ainsi de porter cette réflexion dans la construction des projets.

Enfin, une troisième partie propose un « aide-mémoire » égalité, proposant de mettre en œuvre des actions concrètes, on peut y inscrire ses objectifs avec un échéancier.

Les inégalités se reproduisent si l’on n’agit pas de manière proactive ; ce guide nous donne des pistes concrètes pour permettre l’égalité, et pas seulement en termes de mixité.

Auto-diagnostic d’EgaliGone réalisé en mai 2015

EgaliGone s’est prêté au jeu et le constat est clair : égalité non atteinte !

Observations (depuis certains de ces chiffres ont déjà évolué) :

  • Il y a entre trois fois et quatre fois moins de membres hommes que de membres femmes dans l’association.
  • Il y a quatre fois moins de bénévoles réguliers hommes que de bénévoles régulières.
  • Seul un bénévole a bénéficié d’une formation, contre 7 bénévolEs.
  • Le bureau est entièrement féminin, tous les postes à responsabilité sont occupés par des femmes.

Pourquoi y a-t-il moins d’hommes à EgaliGone ? Pistes de réflexion :

  • Le domaine d’intervention, c’est-à-dire « l’éducation », peut être considéré comme « féminin » et expliquer en partie le déséquilibre
  • Les viviers de recrutement de nouveaux membres ou de nouveaux bénévoles sont majoritairement féminins, tant chez les expert·e·s (sciences humaines et sociales, sciences de l’éducation), que chez le public (personnes travaillant dans le domaine de la petite enfance, de l’éducation…)
  • L’association est victime elle-même de ce pour quoi elle lutte : l’inégale répartition des hommes et femmes dans le monde du travail.
  • L’association véhicule-t-elle malgré elle l’image d’une association destinée aux femmes ?
  • L’égalité entre hommes et femmes serait-elle considérée comme une « affaire de femmes » ?

Face à ce constat et grâce aux suggestions du guide, nous nous sommes interrogé·e·s sur le manque d’hommes au sein de notre association. Nous avons depuis décidé de mettre en place différentes actions pour essayer de ré-équilibrer la situation, car encore une fois, ne pas agir c’est reproduire les inégalités du système. Il faut des actes volontaires pour permettre une véritable égalité, car elle ne va pas s’instaurer automatiquement avec le temps.

Premières actions réalisées ou en cours de réalisation

  • Micro-trottoir sur l’engagement (et le non engagement) des hommes sur les questions d’égalité dans le cadre de la semaine TousLyonnaisTousSolidaires : encadré·e·s par deux membres d’EgaliGone, quatre bénévole sont allé·e·s au contact des gens dans la rue pour les interroger sur cette problématique ;
  • Vérification de la mixité de nos visuels sur le site internet ;
  • Publication dans la lettre mensuelle et sur le site internet de témoignages de membres d’EgaliGone, alternés entre hommes-femmes chaque mois, pour permettre aussi bien aux hommes qu’aux femmes de se projeter en tant que futur·e bénévole de l’association ;
  • Création d’un groupe mixte qui travaille sur la question de l’engagement masculin sur le long terme, afin de réfléchir plus profondément au recrutement de bénévoles masculins (externe) et pour développer les responsabilités des hommes déjà membres ou bénévoles (interne).

Réactions des participant·e·s au JeudiWe

Lors de la présentation de ce guide entre midi et deux, devant une quinzaine d’adhérent·e·s de Locaux Motiv’, il y a eu de nombreuses réactions. Beaucoup ont réalisé qu’ils·elles ne s’étaient pas tout simplement pas questionné·e·s pour analyser l’égalité au sein de leur structure, et la présentation de ce guide a été la première étape pour savoir qu’il est possible et utile de s’auto-diagnostiquer. Chacun·e a pu s’exprimer sur des actions déjà réalisées. Une personne a parlé de la féminisation des fiches de poste lors d’un recrutement ; une autre sur la difficulté de trouver des filles dans le secteur de l’informatique malgré une bonne volonté et une envie de mixité ; un homme est même en train de réfléchir sérieusement à son engagement potentiel au sein d’EgaliGone après la présentation de notre auto-diagnostic à 80% féminin ! Une autre adhérente de Locaux Motiv’ me dit qu’elle passera dans la semaine parce qu’elle veut savoir plus en détail ce que l’on fait exactement parce qu’elle est très intéressée par toutes ces questions-là et elle veut « faire quelque chose ».

Au-delà de la présentation de ce guide, c’est avant tout un espace de discussion qui s’est ouvert, où l’on ressentait le besoin de chacun·e de parler et de raconter son anecdote, parfois beaucoup plus générale que l’égalité au sein des associations. Une femme vient me parler de sa petite fille qui ne veut utiliser que des jouets roses et de son école trop conservatrice par rapport l’égalité filles-garçons ; on rebondit sur la féminisation de la langue et la règle du « masculin qui l’emporte sur le féminin » qui n’existe que depuis le XVIIIe siècle et qui a remplacé la règle de proximité ; commentaires d’étonnement « ah bon ? je ne savais pas… » ; un tel connaît un certain film, une telle connaît une autre association qui s’occupe de ces questions, ça fuse dans tous les sens. On peut voir que toutes ces questions suscitent un véritable intérêt, et que les gens ont envie, voire besoin, de s’exprimer.

 

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