Anne Baptiste a vu Mon frère, ma princesse en janvier dernier au théâtre de Vénissieux. Elle nous donne son avis sur la pièce.

Mon frère ma princesseAlyan ne veut pas être un garçon ; il pense que « La nature elle s’est trompée. ». Vêtu en fée, il interpelle beaucoup autour de lui. Lorsqu’Alyan subit des moqueries, sa sœur Nina décide de prendre sa défense. En retour, elle est harcelée à l’école. Elle ne peut se confier à personne. Elle décide alors de disparaître…

Cette pièce aborde plusieurs questions difficiles en lien avec l’enfance et l’adolescence. Déjà, la difficulté pour un enfant « différent » de grandir dans une société où le genre indique d’avance le chemin tout tracé qu’il doit prendre. Alyan veut devenir pâtissière, aime ramasser des fleurs, s’habille avec un costume de fée : il ne se sent pas garçon. Il est alors confronté à deux types de réactions. D’un côté, l’incompréhension et le rejet : sa mère veut l’amener chez le médecin parce qu’elle trouve cela anormal, les élèves de l’école se moquent de lui. De l’autre, l’acceptation et le soutien : sa sœur Nina le comprend, leur père ne trouve pas cela problématique. Comme le rejet domine, Alyan n’est pas autorisé à porter les vêtements qu’il voudrait porter, est forcé à faire des activités qui ne lui plaisent pas (vélo, toboggan), et est puni par sa mère. Il faudra que Nina fugue pour que tout le monde finisse par soutenir Alyan dans son choix. Ensuite, le harcèlement scolaire. Nina se fait frapper et déshabiller par un groupe d’élèves de son école. Elle cache ce qui lui arrive à cause des menaces (« Si tu parles je te tues. »), et son mal-être n’est pas entendu par ses parents. Elle se coupe les cheveux puis fait une fugue, et c’est seulement là que l’on s’inquiète pour elle. La fin est heureuse malgré les grandes inquiétudes soulevées par la situation.

Après la représentation, la troupe a expliqué que cette pièce a été montée pour poser et répondre aux questions des enfants, ainsi que pour équiper les parents, alors que le corps social ne s’y prête pas. Comme le dit Nina au début de la pièce : « Parce que c’est pas facile de parler dans les maisons comme elles sont maintenant. ». Il me semble que sur cet aspect, c’est réussi.

Pourtant, je n’ai pas été séduite par cette pièce pour plusieurs raisons.

Déjà, la mise en scène. La pièce est constituée d’une suite de scènes assez courtes. Le décor modulable est modifié fréquemment ; ces changements ralentissent le rythme et finissent lasser. Pendant les interludes, une musique assez angoissante est jouée, toujours la même, et Alyan passe devant le public en dansant dans sa robe de fée. Certaines scènes qui sont censées faire augmenter le suspense se répètent. J’ai vraiment vu le temps passer, alors que la pièce en elle-même est plutôt courte.

Ensuite, au niveau du fond, il me semble qu’il y a plusieurs problèmes. Déjà, les personnages sont pour certains trop caricaturaux selon moi : la mère qui est très inquiète et qui pense que son fils est anormal, le père qui n’écoute rien et qui est toujours sur son ordinateur, Ben qui harcèle Nina mais qui au fond l’aime bien et est coincé dans son rôle de « gros dur », etc. D’un autre côté, on a des personnages anti-caricaturaux : Alyan et dans une moindre mesure Nina, qui veut être aviatrice, semble n’être amie qu’avec des garçons, se bat pour protéger son frère. Le problème, c’est que des personnages complètement contre-stéréotypés empêchent que l’on s’identifie à eux : il est donc plus difficile d’adhérer à leur histoire. J’ai peur qu’on ne puisse pas vraiment s’identifier à Alyan, et que ce personnage soit condamné à passer pour un étrange excentrique aux yeux du public, alors que c’est l’effet contraire qui recherché.

Ensuite, la pièce contient un mélange entre des dialogues réalistes (avec des fautes de français lorsque les enfants parlent) et des dialogues très théâtraux plein de vérités générales, que l’on voit mal des personnages si jeunes tenir. Ces dialogues théâtraux sont censés permettre au jeune public de comprendre les stéréotypes (« Je suis un garçon, c’est à moi de faire la loi ») ou l’évolution des personnages. Le décalage entre les deux types de dialogues m’a beaucoup dérangée.

Enfin, certaines situations m’ont paru absurdes. Par exemple : la mère qui se colle une fausse moustache pour que son mari lève la tête de son ordinateur (!?), le changement complet d’attitude de la mère à la fin de la pièce, la conclusion de l’histoire un peu trop « happy end ».

J’ai trouvé dommage que cette pièce ne pas trouve pas l’équilibre entre le livre pour enfant dont elle est issue et la forme théâtrale dans laquelle elle a été adaptée. Peut-être que l’intrigue assez caricaturale vient du livre et non de l’adaptation ? J’espère néanmoins que cette pièce aura fait réfléchir les enfants et les adultes venu.es la voir.

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