2016-11-retour-vers-le-labo« Retour vers le labo », créé par la Cie Colegram, c’est une heure de voyage dans le passé pour rencontrer des femmes scientifiques qui ont contribué à faire avancer la science.

Pourquoi il faut aller voir ce spectacle

Le spectacle est proposé – et effectivement accessible – dès sept ans, mais les publics adultes y trouveront aussi matière…  1) à rire – oui, c’est drôle -, 2) à s’émouvoir – les enfants dans la salle sont embarqué·e·s dans le voyage au point que leurs réactions et participations sont réjouissantes -, et 3) à apprendre. Les adultes ont de fortes (mal)chances, comme les enfants de notre époque (cf. les études récentes sur le sexisme des manuels scolaires), de ne pas en avoir appris beaucoup sur la contribution des femmes à la science ni sur leurs aptitudes et intérêts pour cette discipline, même si notre époque est en théorie plus ouverte et accueille de plus en plus de femmes dans ce domaine. Lorsque les comédiennes interpellent la salle – certes peu remplie ce jour-là – pour obtenir quelques noms de femmes scientifiques, le résultat est d’ailleurs révélateur.

2016-11-retour-vers-le-laboRevenons au scénario. Nous sommes en 2016 dans un laboratoire. Un professeur qui dénigre son assistante – et toutes les filles et femmes au passage – a inventé une machine à voyager dans le temps, à l’usage des enfants seulement, dont le mode d’emploi n’est pas encore bien maîtrisé concernant les retours dans le futur. Son assistante découvre l’invention et l’essaie – l’intrépide ! – avec l’idée de montrer à ce malotru de professeur (particulièrement misogyne dans ses propos) que les femmes sont capables de grandes réalisations scientifiques, puisqu’il y en a eu bien avant 2016. S’ensuit un parcours dans le temps que sert un très joli décor déroulant, des effets, musiques et éclairages qui conduisent les enfants à entrer avec bonheur dans l’histoire et à interagir régulièrement avec les deux excellentes comédiennes parées de nombreux atours évocateurs des différents temps anciens. Leurs tempéraments variés (fort, rêveur, autoritaire, déterminé…) montrent autant de découvreuses uniques. A chaque rencontre et scène illustrant une découverte, la démonstration scientifique est apportée, ce qui conduit le public à plonger au cœur de l’univers passionnant de la connaissance scientifique et des émotions qu’elle produit. Notons que des scientifiques présent·e·s dans le public ont souligné après le spectacle le sérieux des contenus avancés dans la pièce. Pour finir, c’est grâce à la dernière rencontre que le retour au temps présent sera assuré, avec à la clé quelques heureux changements dans les rapports de pouvoir des deux personnages de 2016… Une petite morale tout à fait pertinente conclut le spectacle sur la possibilité de chacun et chacune d’influencer le monde.

Cette pièce nous offre l’occasion de prendre conscience – si ce n’est déjà fait – qu’une partie de notre histoire (celle des femmes) n’est pas vraiment transmise ni apprise, que les rapports entre femmes et hommes sont encore inégaux en 2016, que certains hommes sont connus pour une œuvre à laquelle leur femme a largement collaboré, et que les femmes ont autant que les hommes toute leur place dans la recherche scientifique. Cerise sur le gâteau en rentrant à la maison : « Maman, c’était super… J’aimerais être chimiste plus tard ! » (il faut dire que la mousse débordante du tube obtenue après le mélange de deux solutions colorées a fait un effet du tonnerre !)

Ce que j’ai toutefois moins aimé

D’abord le premier modèle d’identification proposé est inégalitaire. Avec mes yeux d’adulte, je m’interroge sur l’effet sur des enfants de commencer par dépeindre cette relation inégalitaire assez stéréotypée (un professeur en chef misogyne et son assistante subalterne sans cesse rabaissée qui entre un petit peu dans ce jeu de la bécasse), même si elle sera heureusement rééquilibrée à la fin du spectacle. Il est vrai que le grotesque de leurs comportements respectifs a un effet comique évident.

Je me demande aussi quel effet sur les enfants produit le comportement ouvertement sexiste du professeur, surtout lorsqu’il interpelle les petites filles dans le public pour les dénigrer et les petits garçons pour les valoriser. Si cela peut créer des réactions d’indignation face à l’injustice (en particulier chez les filles), cela ne risque-t-il pas de provoquer leur retrait, leur moindre participation face aux multiples sollicitations des comédiennes et donc les conditions d’une mésestime de soi dénoncée par ailleurs ? Puisque les observations montrent que les garçons sont davantage socialisés à la prise de parole dans un groupe que les filles, on peut se demander si la démarche de dévalorisation des filles et de valorisation des garçons en début du spectacle est pertinente au vu de l’effet recherché.

Par ailleurs, j’aurais bien aimé qu’elle s’en sorte grâce à ses ressources personnelles, cette assistante, au lieu d’avoir besoin d’aide pour revenir au temps présent (mais ceci n’engage que moi !).

Perspectives

Je ne peux qu’encourager la Cie Colegram à proposer son spectacle à toutes les MJC, toutes les salles qui pourront l’accueillir ! Le propos viendra étayer les démarches de découverte des métiers scientifiques que des enseignant·e·s ou des éducateurs·trices mettront en place dès l’école élémentaire, et il réjouira les parents, qui pourraient bien davantage inciter leurs filles à devenir de formidables découvreuses…


Prochaines représentations publiques :

Lyon, 23 novembre, 14h15, Salle Léo Ferré – MJC du Vieux Lyon

Feurs (42), 21 décembre 2016, 15h30 et 16 février 2017, Château du Rozier


Contact : Marie-Caroline Guérard : diffusioncolegram(at)gmail.com

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