Bergères Guerrières
© Scénariste : Jonathan Garnier / Dessinateur : Amélie Fléchais. Editions Glénat.

Le 14e Lyon BD Festival se déroulait les 8 et 9 juin 2019. A cette occasion, l’Hôtel de Ville accueillait Badass – Les héroïnes de bande dessinée jeunesse, une exposition consacrée aux représentations féminines dans la BD jeunesse contemporaine. Pour en savoir plus, Solenne Chassagne a interrogé Sandrine Deloffre, commissaire de l’exposition, administratrice du festival et autrice[1].

Est ce que tu peux nous en dire un peu plus sur cette exposition ?

Badass, c’est une exposition jeunesse qui a pris place à l’Hôtel de Ville de Lyon pour le Lyon BD Festival. Elle a été conçue à destination des enfants – mais ça peut aussi parler à tout le monde – à propos des héroïnes de bande dessinée jeunesse. C’est parti de la réflexion suivante : pourquoi les petits garçons peuvent s’identifier uniquement à des héros masculins alors que les filles peuvent s’identifier à des filles et des garçons, à des cailloux, à des plantes, à des animaux, etc. On a donc choisi de mettre 10 héroïnes de bandes dessinées contemporaines à l’honneur.

© Jonathan Garnier / Rony Hotin. Editions Casterman

Est ce que tu peux nous en dire un peu plus sur le fond ?

J’ai voulu non seulement axé sur les les héroïnes mais aussi réfléchir à la question de l’identification. Il y a donc quatre thèmes qui sont abordés dans l’exposition : la représentation, l’identification, le mot badass (qu’est-ce que ça signifie et est-ce que les héroïnes qu’on présente le sont vraiment ?) et enfin les injonctions qui sont faites aux enfants, filles ou garçons, dès le plus jeune âge. Des choses comme “tu es un garçon manqué”, “tu ne peux pas faire ça,  c’est un métier de fille”, “les garçons ça ne pleure pas” etc.

Et toi, tu en penses quoi des personnages féminins dans la BD ?

Il y a six ans, on avait travaillé sur le projet Héro(ïne)s, une exposition qui était plutôt adressée à un public adulte et qui cherchait à comprendre pourquoi il y a si peu de personnages féminins centraux dans la BD. Lorsqu’il y en a, ce sont encore très souvent des faire-valoir, des accompagnatrices, mais qui n’ont pas forcément le beau rôle et sont souvent très stéréotypées. En me penchant à nouveau sur le sujet, je me suis aperçue qu’aujourd’hui, il y avait plein d’héroïnes du côté des BD jeunesse et qu’il n’y a pas besoin de creuser beaucoup pour les trouver comme Cerise des Carnets de Cerise, Adèle de Mortelle Adèle ou Momo par exemple. Du coup, je pense qu’aujourd’hui, filles et garçons ont beaucoup plus de personnages avec lesquels ils peuvent s’identifier. Il y a à la fois une diversité et la quantité.

Tu es aussi autrice donc, si on parle métier, comment ça se passe  dans la BD ?

C’est encore très inégal. Et finalement, je le dis plutôt de mon point de vue d’organisatrice de festival. Il suffit de regarder la liste des autrices et des auteurs invité·e·s pour s’apercevoir que c’est difficile d’obtenir une parité, même si on la souhaiterait. Les bandes dessinées qui sont mises en avant sont toujours aussi rarement des albums faits par des femmes. Je pense qu’il y a encore cette idée, qui colle à la peau des autrices, que ce qu’elles font c’est forcément de la BD jeunesse ou de l’illustration jeunesse. Et puis les éditeurs ont aussi leur part de responsabilité là-dedans. Ce qui est étonnant c’est que dans une école spécialisée comme Emile Cohl, il y a autant d’étudiantes que d’étudiants et c’est justement une école qui forme les futur·e·s dessinatrices et dessinateurs de BD.  Alors est-ce que là aussi, en voyant que finalement il y a plus de garçons qui arrivent à se faire publier, les filles se découragent ? En fait c’est le même processus qu’on décrit dans l’exposition Badass : “J’ai envie de faire ça dans la vie mais je connais aucun personnage féminin qui le fasse, aucun personnage qui soit une fille qui me ressemble par exemple”, il y a donc peut-être une part de démotivation.

Liste non exhaustive d’héroïnes de BD jeunesse :

  • Les Carnets de Cerise, Aurélie Neyret, ed. Soleil Productions
  • Mortelle Adèle, Mr Tan et Diane Le Feyer, ed. Globulle
  • Momo, Jonathan Garnier et Tony Hotin, ed. Casterman
  • Aubépine, Karensac et Thom Pico, ed. Dupuis jeunesse
  • Aliénor Mandragore, Séverine Gauthier et Thomas Labourot, ed. Rue de Sèvres
  • Super sourde, Cece Bell, ed. Les Arènes
  • La boîte à musique, Carbone et Gijé, ed. Dupuis jeunesse

https://www.lyonbd.com/


[1] Vous pouvez retrouver son travail sous le nom de Garage Deloffre

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