Pour chaque année d’activité et jusqu’à aujourd’hui, nous avons sélectionné un événement important pour l’association, une réalisation ou production particulière, ainsi qu’une intervention marquante. Pour 2017, zoom sur 1) un cycle de rencontres professionnelles que nous avons intitulé EgaliPro, 2) le test de la nouvelle version de l’accompagnement EgaliJouets et 3) notre formation destinée à des volontaires en service civique du Rhône. Avouons-le : nous avons un peu joué sur l’élasticité du temps… : ce sont des actions dont l’histoire avait démarré avant 2017.


L’EVENEMENT : Les rencontres EgaliPro, démarrées en 2016 et poursuivies en 2017

Ces rencontres sont nées du besoin d’échanger sur les pratiques et les difficultés de l’intervention sur les questions de genre & éducation, vécues par des membres d’EgaliGone ou par des professionnel·le·s de l’éducation. Gaëlle Guyomard, volontaire à EgaliGone et diplômée de psychologie sociale, les a initiées, avec un noyau de participant·e·s venant du monde associatif ou d’institutions, membres d’EgaliGone ou non. Parmi les quatorze participant·e·s occasionnel·le·s ou régulier·e·s, sont par exemple venues partager leurs expériences des intervenantes de Filactions, de Stop Harcèlement de Rue 69, de l’INSA, de l’Education Nationale, d’un centre d’accueil pour jeunes en difficulté, ou de L’institut EgaliGone bien sûr. Les rencontres ont toutes eu lieu à Locaux Motiv’, et après une définition commune des besoins et objectifs, elles ont été animées avec une méthode de co-développement proposée par Agnès Calleja, membre EgaliGone et spécialiste de l’accompagnement en entreprise et ailleurs.

Voici en souvenir partagé un extrait du compte-rendu de la rencontre du 4 mai 2017 (10 participantes), qui a abordé principalement des interventions auprès de jeunes, notamment en milieu scolaire :

« A la suite d’un rappel des objectifs du réseau, à savoir questionner la cohérence entre nos messages pro-égalité et nos pratiques d’interventions, nous nous demandons : produisent-elles les effets voulus ?

(…) Nous proposons plusieurs situations problématiques pour ensuite voter pour un sujet que l’on va traiter collectivement. Voici les questionnements proposés :

  1. Que faire avec des professionnel∙le∙s de l’éducation qui rigolent ou qui ont des réactions déplacées aux propos sexistes/homophobes etc. en présence des enfants ?
  2. Comment réagir à une prise de position fermée quant à « l’ordre naturel » ou bien l’exemple de « Je suis homophobe ».
  3. Comment éviter le sentiment d’avoir fait la morale auprès des jeunes ?
  4. Comment faire face à des silences et à la non-réaction, des temps morts et des groupes qui n’ont pas envie de parler en classe pendant une intervention ?

Nous avons collectivement choisi cette dernière expérience, qui rejoint celle d’avoir l’impression de « faire la morale ». (…)

A la fin de la séance, différentes propositions ont été avancées par les participant·e·s :

  • Repenser la temporalité des explications proposées et initier une réflexion à partir de l’expérience des jeunes pour donner du sens ; apporter de la théorie pour mettre des mots sur les ressentis.
  • Ne pas demander des données intimes aux élèves/ participant∙e∙s.
  • Eviter de lister trop de données chiffrées : il est favorable de garder un fil rouge d’interaction avec des élèves afin de rester dans l’échange ou relancer la dynamique.
  • Casser les codes classiques d’enseignements souvent descendants :
    • Suggestion d’utiliser un jeu de paires pour que les participant∙e∙s deviennent porte-paroles des données chiffrées sur un sujet donné. Plus précisément, une question et des possibles réponses en donnée-chiffrée (sous format papier cartonné) sont distribuées à chaque stagiaire, et puis un moment d’échange permet qu’ils∙elles prennent conscience des bonnes réponses. Cela favorise l’interaction et l’inclusion de tout∙e∙s. (Utilisé dans l’atelier langage et l’atelier sport d’EgaliGone).
    • Changer la configuration de la salle et prévoir un temps d’échange pour évaluer la séance.
    • Désigner un objet pour représenter la parole, par exemple « un bâton ou balle de parole » afin de la distribuer de manière plus égalitaire.
    • Organiser l’activité des fresques d’émergences qui est une technique de brainstorming. Ce sont des collages favorisant une représentation visuelle des idées, où tou∙te∙s les participant∙e∙s collent des photos avec des phrases en dessous (Il faut de la colle, des ciseaux, du tissu etc.)
    • La méthode du photo-langage peut être intéressante pour une prise de conscience
  • Laisser du temps pour répondre à une question, adopter « un temps d’attente » pour encourager les filles à prendre la parole dans un contexte où les garçons seraient plus audacieux et répondraient plus vite. Être vigilant∙e pour que filles comme garçons puissent apporter publiquement une réponse.
  • Prévoir une liste de questions pour relancer les discussions ou recentrer certains débats qui font polémique. L’exercice de développer des arguments contraires à son propre point de vue est constructif. Le fait de défendre un avis qui n’est pas le leur, permet aux participant∙e∙s de prendre du recul (de plus, un débat organisé apprend l’empathie et l’argumentation aux jeunes).
  • Concevoir une fiche d’appréciation à renseigner par les jeunes en fin d’activité, permettant d’évaluer et de faire progresser le contenu de l’atelier. »

LA PRODUCTION : Le test d’une nouvelle version de l’accompagnement EgaliJouets

En 2013, nous avions mis en place une démarche d’auto-diagnostic conçue avec des professionnelles petite enfance, pour une éducation égalitaire au jeu dès le plus jeune âge. Il s’agissait de se positionner sur une liste de pratiques émancipatrices proposées, puis d’utiliser la compilation des résultats individuels pour entreprendre une action collective en accueil petite enfance.

Extrait de notre exposition EgaliJouets, utilisée dans la séance n° 4

En 2017, après plusieurs années d’expérimentations dans différents lieux d’accueil petite enfance, la démarche s’est transformée en un accompagnement à une structure. Il se découpe désormais en une rencontre préparatoire et cinq séances de 2h, étalées sur plusieurs mois, incluant un temps d’expérimentation et d’observation de ses pratiques. Cette version, révisée avec l’aide de Bertrand Paris et d’Emma Lidbury (Tadaa, appui aux démarches participatives) a été testée avec enthousiasme par la crèche Babil’home, de la Maison Sociale de Cyprian les Brosses à Villeurbanne, au printemps 2017.

Les thèmes des cinq ateliers étaient les suivants :

  • Rencontre préparatoire
  • Séance 1 : Faisons connaissance,
  • Séance 2 : Echangeons sur nos pratiques,
  • Choix d’expérimentations et temps d’auto-observation (2 mois),
  • Séance 3 : Partageons nos expériences et analyses,
  • Séance 4 : Enrichissons nos réflexions,
  • Séance 5 : Qu’est-ce qu’on change ?

Lien vers doc Programme-déroulé en structure – Projet

« Un accueil formidable de la crèche et de toute l’équipe qui s’est prêtée au jeu du test, une période d’expérimentation autour du langage qui a questionné les habitudes et s’est prolongée bien au-delà de la consigne !, des grands yeux ébahis de constater que les catalogues d’équipement professionnel offraient les mêmes représentations genrées que les catalogues de jouets grand public, des professionnel·le·s investi·e·s dans une semaine centrée sur les jeux de construction qui a fait jouer spontanément des pères dans la crèche, un regard extérieur de Tadaa qui a enrichi notre travail en proposant une animation ludique et visant l’essentiel, un travail tout en chuchotements à la médiathèque avec Marie pour ajuster le guide d’animation, et enfin l’impression, avec les expérimentations et autres outils proposés, de confier un peu les clés de la maison « égalité » à l’équipe du multi-accueil ! »

Souvenirs pêle-mêle de Violaine


L’INTERVENTION : Notre formation de volontaires en service civique

Après avoir passé l’agrément auprès de la DRDJSCS du Rhône permettant d’accueillir des volontaires en service civique, puis accueilli nos premières recrues, nous avons conçu une formation à l’égalité des sexes pour ce public, intitulée « Vers un monde égalitaire : s’initier aux enjeux de genre et d’éducation ». Entre juin 2015 et 2018, ce sont seize journées de formation de ce type que nous avons dispensées à Locaux Motiv’, pour 6 à 12 personnes en volontariat dans le Rhône dans des domaines divers tels que l’éducation, la lutte contre le racisme, la culture, la nature, etc… Ces actions ont été au départ conçues et animées par Violaine Dutrop, puis revisitées par Agnès Calleja qui a fait évoluer le dispositif dès 2017 en créant un module Comprendre distinct du module Agir.

Des structures invitées y sont régulièrement venues partager leurs savoir-faire, expériences, engagements pro-égalité pendant une heure-témoignage très appréciée : Marion Ghibaudo (Filactions), Aurélien (Stop Harcèlement de Rue 69), Valérie Radix (Planning Familial), Stéphanie Gaudillat (CIDFF), Alexandre Chevalier (Association de Lutte contre le Sida), puis Anne Monteil-Bauer (Si/si les femmes existent). Puisque nous avons ciblé l’année 2017, Anne a été sollicitée pour témoigner, mais les témoignages de nos autres invité·e·s sont les bienvenus et seront intégrés à nos lettres suivantes !

« Voici ce que j’ai écrit, mais c’est un peu loin (c’est dommage d’ailleurs, j’aimais beaucoup ces interventions)

je regrette de ne plus avoir de souvenirs précis, je me souviens que j’avais plein d’anecdotes en sortant de séances.

Un souvenir qui me revient

Je revois tous ces visages,

de jeunes femmes majoritairement,

qui ont envie de savoir et qui

à la fois

s’émerveillent et s’indignent

devant l’ampleur des destins de femmes qu’elles

ou ils

ne connaissent pas.

Parce que je suis venue leur parler de ça,

de cette occultation des femmes dans nos mémoires,

de la moitié pas racontée de notre histoire.

Je peux palper encore la qualité du silence que manifeste leur envie de savoir,

d’en savoir plus.

Le souvenir que je garde de ces interventions, c’est cet appétit.

Les effets de cette intervention sur moi

Et moi en face de ces jeunes personnes,

je sens à quel point il est important de se tenir droite

dans son être,

dans ses souvenirs,

dans ses choix.

Puisque je viens leur parler aussi de mon parcours,

de comment s’est créée Si/si, les femmes existent,

d’où vient cette démarche.

Je mesure l’importance de ne pas tricher,

de se donner à voir dans ses failles et dans ses forces,

d’en faire à chaque fois quelque chose pour l’autre,

quelque chose qui ouvre la fabrication du destin de chacune

et de chacun.

Et puis, ça me donne à moi aussi,

de l’espoir,

l’impression que les jeunes générations sont plus prêtes

que nous ne l’étions

à ne pas se laisser enfermer

dans les injonctions sociales et culturelles

liées au genre.

L’impression que tout ça a diablement du sens ! »

Témoignage d’Anne Monteil-Bauer, Si/si, les femmes existent


Autres retours sur les années passées :

Par Marianne Le Roux (ex-chargée de mission égalité à la Région Rhône Rhône-Alpes), le 24 avril 2020 :

 « Merci et bravo pour ce travail de mémoire. A la fête du Livre en 2011, j’ai découvert EgaliGone qui intègrerait ultérieurement feue la Quinzaine régionale de l’égalité. On attend avec intérêt et impatience les prochains épisodes de cette époque épique ! 😉 Bravo pour tout le travail, la motivation, l’énergie et l’enthousiasme.»

Par Tania Riquelme (membre d’EgaliGone), le 3 septembre 2020 :

 « Je souhaite partager ce que EgaliGone m’a apporté. Avant tout la rencontre avec l’institut et avec Violaine à Locaux Motiv’ (tiers lieux facilitateur de travail en collaboration avec de nombreuses personnes issues de l’ESS) a été comme une révélation de l’importance de (in)former un maximum d’individus de tous âges, à l’égalité des genres, gage d’un mieux vivre ensemble. Beaucoup de choses se jouent dès le plus jeune âge et c’est peut-être nos enfants qui rétabliront cet équilibre ! C’est en tout cas ce que j’essaie de faire auprès de ma fille et de mon garçon ; c’est inscrit dans mon rôle de parent 🙂 – Que dire de la rédaction épicène, whoaou ! pas toujours évidente mais un vrai exercice de style et de reformulation pour inclure tout le monde ! – Je souhaite à L’institut EgaliGone de continuer à former des jardiniers et jardinières (que nous sommes) à semer des graines d’Egalité partout autour de nous. »


Si vous avez manqué nos 5 dernières publications sur http ://egaligone.org, les voici :

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A très vite !!
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