Pour chaque année d’activité et jusqu’à aujourd’hui, nous avons sélectionné un événement important pour l’association, une de nos réalisations ou productions particulière, ainsi qu’une intervention marquante. 2013 est une année on ne peut plus riche : cinq stagiaires accueilli·e·s en même temps, une créativité et une émulation formidables avec la réalisation d’outils-phares pour nos publics. C’est aussi l’année d’une prise de conscience que la mise en place réelle de l’égalité est véritablement inconcevable pour une partie de la population. En 2013, nous dérangeons. Et la riposte arrive en pleine remise en cause des ABCD de l’égalité après la loi sur le mariage pour tous. Voici un zoom sur ce millésime, témoignages et souvenirs à l’appui !


L’EVENEMENT : Rencontre autour d’EgaliJouets, le 13 octobre, au Ludopole de Confluence, dans le cadre de la quinzaine de l’Egalité en région. Invitée universitaire : Christine Morin-Messabel

Nous avions organisé un échange entre plusieurs professionnel·le·s de la petite enfance, autour des façons de mettre en œuvre une éducation égalitaire autour du jeu et du jouet dès le plus jeune âge. Une grille d’auto-appréciation de ses pratiques dans un accueil petite enfance est née de ce travail, EgaliJouets, que nous avons testée dans plusieurs lieux. Les questions qui suscitaient des débats ont abouti à la création de neuf fiches thématiques documentées (dont nous avons fait une exposition thématique itinérante, que nous avons aussi complétée par une fiche ressources et par un micro-trottoir). Pour faire connaître notre démarche, nous avons saisi l’occasion de la quinzaine de l’égalité en Rhône Alpes pour organiser une soirée-conférence-débat en partenariat avec le Ludopole, lieu de formation aux métiers du jouet. Ce soir-là, une cinquantaine de personnes étaient présentes, en grande majorité des professionnel.le·s de la petite enfance, dont trois hommes, mais aussi des membres et stagiaires d’EgaliGone et nos partenaires financeurs et institutionnels. La police avait été informée au préalable de menaces (oui, oui…) que nous avions reçues à l’annonce de cette rencontre. Suite à cet événement, nous avons pris rendez-vous au tribunal pour des conseils juridiques et avons déposé une plainte auprès du procureur de la République, qui a ordonné une enquête.

Quel est votre souvenir concernant cet événement ?

Florence Françon : « L’année 2013 est celle qui a marqué mon intégration dans le collectif, les premiers mois en tant que stagiaire, puis en tant que bénévole. J’ai participé aux 3 moments forts partagés ici. EgaliJouets étant mon projet de stage de fin d’études (Master EGALITES), la rencontre du 13 octobre est particulièrement symbolique. C’était ma première participation à un événement en tant qu’organisatrice et intervenante, l’occasion précieuse de rencontrer nos partenaires et nos soutiens universitaires, institutionnels. En plein contexte des ABCD de l’égalité (portés par Najat Vallaud-Belkacem alors Ministre des Droits des femmes) et au lendemain de la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe, ce fut également la première (et fort heureusement la seule) fois où j’ai été confrontée à la violence des mouvements anti-genre (se revendiquant eux-mêmes « vigi-gender »). En effet, cette soirée, organisée dans le cadre de la Quinzaine de l’égalité de la Région, très riche en échanges, en rencontres et assez plébiscitée pour le sujet qu’elle abordait fut également la cible d’un collectif conservateur bien décidé à défendre la différence et la complémentarité entre les sexes ! Malgré des dégâts matériels, la soirée a pu reprendre et s’achever dans la réussite. »

Christine Morin-Messabel (Psychologue sociale) : « Un souvenir mémorable ! Une rencontre bien organisée, qui avait pour thème : les jeux, les jouets et les stéréotypes auprès des acteurs-actrices petite enfance. Je me souviens de Violaine qui m’emmène en voiture. On discute. Tout se passe bien jusqu’à la dernière partie de la conférence. Des perturbateurs interviennent alors au Ludopole d’une manière agressive…. Dans le public, des personnes sont interloquées, surprises, scandalisées ! J’ai un souvenir très vif encore de cette soirée. Le public, les intervenant.e.s, les personnes d’EgaliGone ont très bien réagi ! Un souvenir personnel : c’était la première fois qu’une de mes filles assistait à une de mes conférences. Elle en garde donc un souvenir très… spécial. Bien sûr, j’ai un peu débriefé avec elle après. »

Marianne Le Roux Briet (partenaire / Région Rhône Alpes) : « Le thème de la rencontre était (de mémoire) « Pour un égal accès aux jouets et sus aux fabricants qui encouragent les stéréotypes de genre » et l’équipe Egalité femmes-hommes de la Région était très fière de travailler avec le Ludopole et EgaliGone.Visiblement, les associations d’énervé.e.s défendant les clichés « poupées = filles et voitures = garçons » n’avaient pas apprécié l’initiative, puisqu’elle.il.s sont arrivé.e.s en nombre, non pour discuter et confronter des points de vue mais pour casser le matériel et intimider à coups d’invectives hargneuses et de fumigènes. Je ressens toujours le même malaise au souvenir d’un père bien sous toutes les coutures, hurlant des bordées d’injures haineuses, avec sur ses épaules un petit garçon qui frottait ses yeux irrités par la fumée, terrifié par le bruit et la fureur de la foule. Je me rappelle m’être demandée ce que ce père répondrait à l’enfant lorsque celui-ci lui demanderait pourquoi il braillait ces mots orduriers et pourquoi il l’avait emmené avec lui ce soir-là… »

Florence Bourgeois-Fioriti (partenaire Education Nationale) : « Un moment d’échanges nourris d’intelligence, de tolérance, de solidarité et soudain l’attaque, l’irruption de la violence, de la bêtise, de la politique fasciste… »

Stéphanie Eynaud : « J’avais laissé de côté dans ma mémoire cet événement qui avait pourtant en effet été « mémorable ». Je serais bien incapable de donner la thématique exacte sur laquelle portait l’intervention de Christine Morin-Messabel. Cependant, je visualise très bien la salle et nous tous et toutes à l’intérieur. Nous étions en train d’écouter Christine quand tout à coup quelques personnes sont apparues derrière les cloisons vitrées, scandant des slogans que je ne me rappelle plus très bien. C’était en pleine période des débats sur les « ABCD de l’égalité ». On nous reprochait, entre autres, de nier toutes différences entre les filles et les garçons. Je me souviens d’un homme venu avec son enfant qu’il portait sur ses épaules et des boules puantes qu’on nous avait lancées. Je me souviens aussi du calme de Christine qui devait avoir l’habitude de ce genre d’intervention… Elle a donc continué tant bien que mal sa présentation jusqu’à ce que l’odeur soit vraiment trop dérangeante. »

Quelle incidence cet épisode a eu sur vous ?

Florence Françon : « Cet épisode aura marqué bon nombre de personnes présentes ce soir-là, moi la première, tant il illustre la conviction, la force et les moyens dont certains collectifs sont capables de mobiliser pour lutter … contre l’égalité entre les femmes et les hommes. Un argument supplémentaire, de mon côté, pour poursuivre mon engagement féministe ! »

Christine Morin-Messabel : « Du point de vue pro : pas de conséquence. Du point de vue perso et en tant que citoyenne : une certaine colère ! »

Marianne Le Roux Briet : « Lors de la précédente édition de la quinzaine de l’égalité, une réunion avec des associationsmasculinistes s’était finie par une descente de police. Cette fois, ce sont les associations familiales traditionnalistes qui empêchaient un débat de se tenir en balançant des pétards et fumigènes… J’ai compris à l’occasion de cet événement que tout pouvait arriver dès lors que la question de l’égalité entre les sexes faisait l’objet d’un débat. Et nous avons redoublé de vigilance pour les Quinzaines suivantes. »

Stéphanie Eynaud : « Nous étions globalement assez choqué·e·s, en tout cas je l’étais pour ma part. Comment une telle colère vis-à-vis de questions liées aux égalités entre les filles et les garçons avait-elle pu faire se déplacer ces personnes jusqu’à Confluence ? Cela me rendait aussi triste pour cet.te enfant présent.e. Quel choix lui laissait-on pour devenir qui iel souhaitait être ? Un événement malheureusement pas isolé lorsque l’on s’intéresse aux égalités… »


LA PRODUCTION : Création des Savoirs-Clés Genre & Education (10 fiches thématiques Le saviez-vous ?)

2013 est l’année de la grande synthèse des savoirs utiles en sciences humaines et sociales pour avancer sur l’égalité des sexes par la voie éducative. Grâce à cette émulation bien présente dans le collectif, nous avons identifié neuf thèmes sur lesquels des savoirs spécifiques existaient. Leur synthèse serait bien utile, associée à des pistes de travail, pour les professionnel·le·s de l’éducation qui encadrent des enfants de 0 à 10 ans… Et voilà une excellente mission proposée à Marie Pachoud, étudiante au Master EGALES à l’époque. Cette documentation, remise aux participant·e·s de nos sessions de formation et à nos membres à l’issue d’une animation dédiée, a en 2016 fait l’objet d’une mise à jour par Charlotte Simon.

Elle fait partie des outils que nous proposons d’utiliser en autonomie à nos publics. Informations sur les savoirs-clés en ligne.


L’INTERVENTION : Projet de sensibilisation au Centre Social Les Barolles de Saint-Genis Laval

L’association avait été contactée pour une sensibilisation à l’égalité des sexes et sur les stéréotypes encore à l’œuvre dans la société. Nous avons proposé d’interagir auprès de différents publics, tout au long de l’année scolaire : les enfants dans des ateliers périscolaires (action constituant la demande initiale, menée par Barbara Perazzo et Florence Françon), le personnel de crèche (qui a testé l’auto-appréciation EgaliJouets), les personnels d’animation (via une formation dédiée), les parents (via des débats thématiques). Ce projet nous a permis de mesurer combien il était important que l’ensemble de l’équipe de direction porte ce type d’action. 

Article paru dans Le progrès sur l’action

Florence Françon : « En tant qu’animatrice BAFA, j’avais l’habitude d’animer des activités pour des enfants mais je crois que c’était la première que je concevais au sujet de l’égalité filles-garçons. Pour le groupe d’âge des 3-6 ans, nous avons conçu, avec Violaine, un atelier sur les jouets. Faisant partie de leur quotidien, c’est une thématique que les enfants s’approprient rapidement. J’ai le souvenir que le groupe d’une dizaine d’enfants a beaucoup participé, faisant émerger les enjeux que l’on connait : goûts et activités déjà très marquées, encouragements et empêchements des adultes mais aussi des autres enfants, selon le sexe. L’intérêt de ces séances était de pouvoir déconstruire l’idée de « jeux pour filles » et « jeux pour garçons » par des réflexions autour de la mixité. Cet exercice m’a beaucoup plu et j’ai eu l’occasion de le renouveler par la suite, dans le cadre de mes activités professionnelles, auprès d’adolescent.e.s. »


Que représente EgaliGone pour vous aujourd’hui, ou représentait à l’époque ?

Florence Françon : « Engagée depuis sept ans au sein de L’institut EgaliGone, c’est ma plus longue expérience de terrain. Inutile donc de préciser à quel point cet investissement a contribué à affiner ma posture professionnelle, m’a fait prendre confiance et progresser ! Egalement symbole d’une vraie rencontre avec un collectif qui partage mes valeurs et mon sens de l’engagement, EgaliGone représente donc pour moi une réelle expérience humaine et professionnalisante ! EgaliGone, dont je suis encore membre, fait donc intégralement partie de ma vie. C’est au sein de cette association que mon engagement a pris tout son sens grâce aux rencontres, au développement de mes connaissances et à l’acquisition de nouvelles compétences que favorise la diversité des missions réalisables. Ce collectif définit en partie qui je suis tant j’ai noué des relations précieuses et solides, tant je me sens à ma place, écoutée, comprise lorsqu’il s’agit d’aborder les enjeux de l’égalité et du genre et tant je me suis investie ces dernières années. Je suis donc particulièrement émue et fière de célébrer cette 10ème année d’existence ! »

Christine Morin-Messabel : « EgaliGone était et reste une association très importante pour travailler auprès des publics, sensibiliser sur les questions d’égalité. C’est une association collaborative et qui sait mettre en lien les chercheur.e.s et les actrices et acteurs en éducation notamment la petite enfance. »

Marianne Le Roux Briet : « En 2013, EgaliGone, c’était pour moi l’association montante auprès des professionnel.le.s de la petite enfance et des enseignant.e.s. , qui faisait bouger les lignes et poussait à s’interroger sur les pratiques quotidiennes. Aujourd’hui, j’ai quitté ce milieu professionnel. Mais j’entends toujours parler d’EgaliGone et il me semble que l’association s’est imposée comme un acteur essentiel dans la construction de l’esprit critique des enfants et du monde de l’éducation, face aux stéréotypes genrés. »

Stéphanie Eynaud : « A l’époque EgaliGone représentait une belle opportunité de stage pour moi qui venait de découvrir grâce à l’Université la thématique générale des « égalités filles-garçons dans l’éducation ». Puis, petit à petit, les cours, mes discussions avec Violaine, mes lectures, la rédaction de mon mémoire mais aussi des échanges avec des enfants m’ont donné une toute autre lecture du monde qui m’entourait. Je comprenais mieux pourquoi on m’avait interdit telle ou telle chose, pourquoi on s’était étonné que je fasse cela, pourquoi on se comportait de manière différente avec mon conjoint et avec moi, pourquoi les pubs véhiculent ce qu’elles véhiculent, etc. Une « grande claque » en pleine face et la difficulté de prendre du recul sans m’énerver face à des comportements, volontaires ou involontaires, que je trouvais inappropriés. EgaliGone est un concentré de bienveillance où on nous explique sans juger, on échange, on débat et surtout on construit ! Indéniablement EgaliGone a donné un tout autre tournant à ma vie (et pas que la mienne) ! »

Florence Bourgeois-Fioriti : « Des sources pour me revigorer ! Qui me rappellent que nous sommes dans le juste dans ces luttes pour l’égalité, me permettent de retrouver des forces grâce aux partages quand je peux être fatiguée de la bêtise et de la médiocrité que l’on subit. Et aussi : un espace physique et intellectuel de ressources, une expertise aigüe, des compagnes et des compagnons dans cette belle mission d’éducation à l’égalité pour une société plus juste. »


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