Pour chaque année d’activité et jusqu’à aujourd’hui, nous avons sélectionné un événement important pour l’association, une de nos réalisations ou productions particulières, ainsi qu’une intervention marquante. En 2014, parmi de nombreuses autres actions, nous avons mis à l’honneur le théâtre comme médiation utile pour éduquer à l’égalité. Grâce à l’obtention d’un agrément service civique, à des bénévoles et au recrutement de nouvelles personnes en stage, nous avons aussi travaillé sur deux sujets-phares : la mixité – ou plutôt le manque de mixité – dans l’orientation scolaire et professionnelle ainsi que les conduites à risques à l’adolescence, qui s’avèrent être différenciées selon le sexe.


L’EVENEMENT : “Eduquer à l’égalité par le théâtre”, le 21 novembre 2014 à la MJC Monplaisir, Lyon 8

Tout au long de l’année 2014, nous avons collecté des pratiques et témoignages sur le théâtre (dans ses différentes formes) comme moyen d’éduquer à l’égalité. Il nous semblait intéressant de rassembler et partager des ressources et expériences pour les professionne·le·s de l’éducation. Un essai de guide pratique en est ressorti, utilement introduit par Elise Vinet, maitresse de conférences en psychologue sociale à Lyon 2, par un propos sur les stéréotypes. Deux enseignantes (Catherine Barruel et Eliane Couteron) et deux assistantes sociales (Pauline Durand et Marie Pierre Sassi) ont été interviewées ainsi que douze compagnies de théâtre (Collectif de l’âtre, Dynamythe, L’Archipel, Le Lien Théâtre, La Grand’Distrib, Le désordre, Mr. Cheval, Pare-choc, Savon Noir, Souffleur de Verre, Théâtre du Gabruge, Tire pas la nappe), une SCOP (Petits Pas Pour l’Homme), une metteuse en scène (Julie Rodrigue) et une autrice de théâtre (Marion Aubert). Pour EgaliGone, l’action fut portée et réalisée par Barbara Perazzo, Salomé Grataloup (stage), Violaine Dutrop-Voutsinos et Manon Valls (service civique).

Le 21 novembre 2014, nous avons présenté ce guide lors d’un événement à la MJC Monplaisir (merci à Jocelyne Gonguet et Evelyne Dumaine) auprès d’une petite centaine de personnes. Et surtout, après une table ronde axée sur des témoignages éducatifs (Eliane Couteron, Florence Fioriti, Chloé Pardanaud), le défi de présenter en 15 minutes maximum une action théâtre a été relevé par plusieurs compagnies ou intervenant·e·s théâtre (Petits Pas pour l’Homme, Tenfor, Encorps, Le Grabuge, L’ébullition, Le Désordre, La grande Distrib’, Femmes de l’Âtre). Se sont ajoutées l’expérience partagée de Pauline Durand (texte disponible en ligne) et la lecture d’un extrait du très beau texte : Les orphelines, de Marion Aubert. Cet ambitieux programme EgaliThéâtre est a été mis en ligne, additionné de vidéos prises à cette occasion (dont Encorps – La révolte des cocottes, plusieurs témoignages sur les Olympes de la parole). Ce fut vif, ce fut riche, ce fut entraînant, et nous l’espérons… utile !

Enfin, à propos du Théâtre & Egalité des sexes, vous pouvez retrouver toutes nos publications d’alors et de depuis sur notre site internet grâce à l’étiquette EgaliThéâtre.


LA PRODUCTION : Création l’exposition itinérante « Effets de la socialisation différenciée sur la mise en danger de soi »

Illustration Elaine Marty

Tout a commencé grâce à Solenne Chassagne, qui a fait un stage à EgaliGone à l’occasion d’une reprise d’études en psychologie. Ses recherches bibliographiques l’ont menée à la santé mentale et la prise de risque comme thèmes majeurs à explorer concernant les effets de la socialisation différenciée entre les sexes. En effet, les hommes se suicident trois fois plus que les femmes et sont plus impliqués dans les accidents de la route et les addictions, tandis que les femmes sont bien davantage diagnostiquées dépressives ou victimes de troubles alimentaires que les hommes. Et ceci notamment grâce à la lecture de l’ouvrage Beauté Fatale de Mona Chollet… Une première synthèse bibliographique est née, puis d’autres thèmes sont arrivés. Deux ans plus tard, grâce à d’autres contributions essentielles de plusieurs étudiantes (Chloé Riban, Valentine Marchand et Caroline Ferrard) et d’expert·e·s (Muriel Salle, Marie-Axelle Granié, Yannis Gansel), puis des tests en lycées (Récamier à Lyon 2ème et Ella Fitzgerald à Saint-Romain en Gal en Isère), une exposition est née, intitulée « Effets de la socialisation différenciée des filles et des garçons : l’exemple de la mise en danger de soi » (Lien vers la page d’information sur l’expo).

Illustrée par Elaine Marty, itinérante, elle est constituée de 10 panneaux, s’adresse en particulier aux jeunes dès le lycée, et l’animation peut être inspirée du guide d’accompagnement.

Les conduites à risque à l’adolescence sont manifestes chez les filles comme chez les garçons, mais elles prennent des formes différentes. Si les attentes différenciées envers les filles et les garçons ont des conséquences sociales bien connues (les écarts de salaire par exemple), d’autres conséquences sont moins identifiées, sur la santé des jeunes notamment. Cette exposition peut aussi être l’occasion d’ouvrir la parole sur les prises de risque et les mises en danger de soi au sein de l’établissement. Elle a circulé en établissements scolaires, en CFA et dans des centres sociaux.

Notons que la page de synthèse 2013 – Genre et troubles du comportement alimentaire est la plus consultée de notre site, et qu’en 2019, le travail de synthèse bibliographique de Chloé Riban 2013 – Genre et risques sur la route, sport, drogues, alcool a été remarqué par l’éditeur Hatier qui nous a demandé d’en publier un extrait dans son manuel de SES de 1ère !

Voici quelques souvenirs marquants :

Pour Chloé Riban, en stage long à EgaliGone à l’époque, et qui a rédigé l’essentiel des contenus à partir des travaux préparatoires, ce sont « les temps d’échange avec les expert.e.s sollicité.e.s pour nous aider à réaliser l’exposition, ainsi que les temps de travail préparatoire, puis la rédaction des panneaux. C’était un travail de recherche passionnant. » Quant à Lucie Nicolas, après avoir porté notre projet auprès de son employeur Orange pour soutenir ce projet à hauteur de 2000€, elle a participé à son inauguration à l’Ecole Santé Social Sud Est (ESSSE) à Lyon 9. Elle se souvient que « l’exposition était très bien faite, des beaux panneaux très instructifs, percutants. Je me souviens aussi du débat inaugural. C’est loin, mais je ne l’ai pas oublié. » Enfin, Claire Bletton-Martin, partenaire de cœur et de lieu puisque l’ESSSE a tout de suite accepté d’accueillir notre exposition pour son inauguration, se souvient d’ « Une belle soirée d’inauguration avec des personnes très diverses ! »

Lorsque nous avons demandé ce que ce projet avait eu comme incidence pour nos trois témoins, voici ce qu’elles ont répondu :

Pour Chloé Riban, ce fut une confirmation dans son orientation professionnelle : « Rétrospectivement, je pense que ce projet a contribué à conforter mon envie de faire de la recherche et mon intérêt pour la question F/H et ses multiples implications. » Pour Claire Bletton-Martin, ce fut un piqûre de rappel sur l’énergie à mettre en œuvre : « Que les stéréotypes de genre étaient puissants et encore bien ancrés. Qu’il fallait travailler sans relâche pour faire bouger les choses ! » Enfin, pour Lucie Nicolas, ce fut notamment l’occasion de faire un parallèle avec le racisme : « Ce qu’il me reste surtout, c’est cette notion de stéréotype et le travail formidable que vous avez accompli pour ouvrir les yeux du plus grand nombre. L’autre soir, je faisais le parallèle avec ma nièce métisse en débattant autour de la cause « noire », un autre type de stéréotype, ne faudrait-il pas aussi mettre des pères noirs et des instit. de couleur dans les livres d’école ? »

Quant à notre collectif EgaliGone, il fut pour Chloé Riban « un espace de familiarisation avec (et de “manipulation”) de concepts avec lesquels je continue à cheminer. J’ai pris conscience de la possibilité de travailler sur certains sujets et de les “porter” collectivement dans la société civile. » Pour Claire Bletton-Martin, il est « Une association engagée et militante proposant des actions et des outils pour aborder la question du genre notamment en éducation. »


L’INTERVENTION : Moduleo, un module de sensibilisation de 2h, expérimenté pour la population étudiante de 1ère année de l’Université Lyon 1

Cette action de sensibilisation est le fruit d’un long projet, ambitieux, difficile mais stimulant. Démarré grâce à l’immense volonté de Sylvie Blaineau directrice du Service de l’Orientation et de l’Insertion des Etudiant·e·s de Lyon 1, à un investissement conséquent de Violaine Dutrop-Voutsinos et Elise Chane (création, stratégie, contenus), à la collaboration de Jean-Felix Hurbin (conception et animation des jeux de rôles) et à une équipe de test engagée à l’Université (dont Cécile Ottogalli, Aurélie Olivesi et Fabienne Oudin). Son bilan est en ligne.

En complément de la conception et de l’expérimentation du module de sensibilisation qui prenait la forme d’un jeu de rôles autour des normes de genre, nous avons élaboré un diagnostic de la répartition des sexes selon les filières et les niveaux d’études à Lyon 1. De plus, l’action a conduit à créer de nombreux outils et contenus dont plusieurs sont partagés sur notre site, comme :

Voici ce que Sylvie Blaineau (également à l’initiative de la création de l’exposition Mix’iti sur les métiers de Lyon 1) en dit six ans plus tard :

« Moduleo est pour moi un aboutissement. Après tant d’années passées à œuvrer auprès des étudiant.e.s autour de leur projet professionnel, je ne comprenais plus pourquoi on n’abordait jamais avec eux la question des stéréotypes de genre des (projets de) métiers. Quand j’ai commencé à dire que je souhaitais qu’on travaille sur cette question, j’ai rencontré des réticences de la part de mes collègues chargé.e.s d’orientation qui n’en voyaient pas trop la nécessité. Pourtant c’était pour moi une évidence : quand son boulot consiste à aider les jeunes à déplacer/franchir les montagnes qui se dressent devant eux, on doit comprendre le mieux possible de quoi s’est constituée cette montagne (et les stéréotypes de genre sur les représentations des métiers en sont une part importante). On a fait une demande quasi impossible, pour tenir compte de toutes les contraintes : gros effectifs d’étudiant.e.s , peu d’heures d’enseignement… Il fallait avoir le plus gros impact pédagogique en très peu de temps.

Le travail avec EgaliGone nous a obligé à préciser nos objectifs, nos moyens et nos outils, pas à pas. Très enrichissant, et frustrant aussi par moments. La 1ère année il s’agissait de tester le module construit sur un échantillon d’étudiant.e.s, avec des enseignant.e.s volontaires. Toutes les étapes ont été passionnantes et délicates. On n’y serait jamais arrivé sans EgaliGone. D’une part, simplement par le fait du regard d’intervenantes extérieures compétentes. Mais aussi par l’énergie militante que Violaine et Elise y ont rajoutée. J’ai trouvé un appui majeur et déterminant dans cet alliage de bienveillance, d’exigence, de disponibilité et de pertinence. Le module a montré son efficacité (et ses limites, qu’on connaissait puisqu’elles étaient en grande partie structurelles).

Dans le même temps, je devais batailler auprès des institutions pour obtenir leur soutien financier, matériel. Selon les lieux, quand je présentais le projet j’ai reçu une écoute intéressée ou un désintérêt amusé ! Mais même dans ces derniers cas, Je crois que mon enthousiasme était tel que personne n’a vraiment décidé de me bloquer. Ils n’y croyaient pas trop… et pourtant ça a marché ! J’ai obtenu le financement d’heures d’enseignement, on a modifié les maquettes de licence pour intégrer le module pour tou.te.s. »


Si vous avez manqué nos dernières publications sur http ://egaligone.org, les voici :

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